Genève

Luc Barthassat irrite en voulant faire sauter une amende

Le conseiller d’Etat a tenté d’annuler une contravention de 40 francs, infligée «injustement» à un Soleurois de passage à Genève en août 2016. Rappelé à l’ordre par ses collègues, il plaide sa bonne foi

L’affaire agite le microcosme genevois depuis vendredi. Au cœur du scandale: pas de tableaux de maître plagiés ni de millions détournés, mais une amende de stationnement de 40 francs que le conseiller d’Etat Luc Barthassat a tenté d’annuler pour un tiers. Un acte qui relèverait de l’abus d’autorité, selon les termes de son collègue Pierre Maudet. L’élu chargé du Département de l’environnement, des transports et de l’agriculture a d’abord nié les faits survenus en avril 2016 puis, après s’être renseigné, s’est souvenu de cet épisode «qui lui avait totalement échappé».

Le dû ayant finalement été réglé, l’affaire aurait pu rester à jamais ensevelie sous une pile de courrier. L’interpellation urgente écrite de la députée d’Ensemble à gauche Salika Wenger l’a soudainement fait ressurgir vendredi en plénière du Grand Conseil. En répondant à sa question sur les demandes d’annulation adressées au Service des contraventions, le gouvernement a dévoilé l’existence de deux requêtes de grâce. L’une émanant d’un chef de police municipale, l’autre d’un magistrat cantonal.

«Je tombe de la Lune»

Il n’en fallait pas plus pour affoler la République et déclencher une intense enquête avec, en filigrane, le traumatisme d’André Hediger, condamné pour abus d’autorité en 2009. Au terme d’un âpre jeu de «Qui est-ce?», Luc Barthassat est rapidement pointé du doigt par Léman Bleu. Le Courrier l’interroge alors: «Je tombe de la Lune, de Mars et de Jupiter, je n’ai aucun souvenir d’être intervenu ou d’avoir été rappelé à l’ordre», affirme naïvement le conseiller d’Etat PDC.

Depuis, Luc Barthassat a repris ses esprits. Il nous donne sa version par téléphone. «En septembre 2016, j’ai reçu une lettre en allemand d’un Soleurois outré d’avoir reçu une tuile injustifiée alors qu’il venait assister à la conférence annuelle des ambassadeurs à l’ONU sur invitation du président de la Confédération.»

Justicier dans l’âme, le ministre contacte la fondation des parkings pour trouver un arrangement. «La personne a mal été orientée alors qu’elle disposait d’un stationnement au sein du Palais des Nations et la signalisation prêtait à confusion, c’est pourquoi j’ai demandé, en tant que ministre de tutelle de la fondation des parkings, de faire annuler la sanction.»

«Méconnaissance des procédures»

Entre-temps, la procédure échoit et l’affaire remonte au Service des contraventions. Arrive alors un courrier de Pierre Maudet qui enjoint à Luc Barthassat de respecter les règles en vigueur. Son geste dénote «une méconnaissance des procédures qui aurait relevé clairement d’un abus d’autorité si l’autorité de tutelle du Service des contraventions n’avait pas mis son veto», indique Le Matin Dimanche. S’en souvient-il? «J’ai réellement pris connaissance de ce courrier vendredi soir, ma démarche n’a été aucunement abusive, dès lors que je n’ai fait que mettre en évidence une injustice vis-à-vis d’un citoyen qui s’est retrouvé face à un mur.»

Luc Barthassat, qui ne s’attendait pas à «déclencher un tel pataquès», fait contre mauvaise fortune bon cœur. Il prépare actuellement un guide du stationnement en collaboration avec les milieux professionnels et la fondation des parkings. Mieux vaut prévenir que guérir.

Publicité