«Nous ne pouvons pas rester les bras croisés en nous lamentant de ne pas avoir assez d’argent»

Questions à

Devant la Communauté de communes du Genevois (CCG), association regroupant 17 communes françaises frontalières, le magistrat démocrate-chrétien Luc Barthassat a lancé l’idée, lundi soir, d’instaurer un péage urbain étendu à l’ensemble du canton, comme l’a rapporté la Tribune de Genève. Ce «droit d’entrée» ne concernerait pas uniquement les pendulaires français, mais aussi les vaudois et les genevois. De quoi dégager une cinquantaine de millions de francs par an, jauge Luc Barthassat, lesquels pourraient alimenter un fonds dédié au financement des infrastructures de transports transfrontalières et valdo-genevoises. La proposition n’a pas reçu un accueil des plus chaleureux de la part des élus français, certains estimant la démarche stigmatisante envers les travailleurs frontaliers, qui «contribuent déjà à la richesse» du canton.

Le Temps: Samedi soir, votre collègue Serge Dal Busco lâche un pavé sur Facebook en prévenant que le canton n’avait pas les moyens de financer tous ses grands projets et qu’il fallait «faire des choix». Lundi, vous dégoupillez une grenade. La chaleur de l’été a-t-elle perturbé l’esprit des conseillers d’Etat?

Luc Barthassat: Cette idée n’est pas tombée de nulle part, contrairement à ce que certains pensent! Cela fait maintenant cinq ans que je l’ai lancée puis discutée avec la conseillère fédérale Doris Leuthard. Cette mesure figurait d’ailleurs dans mes propositions de campagne lors de l’élection du Conseil d’Etat. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés en nous lamentant de ne pas avoir assez d’argent. Certains pleurnichent. Moi, j’agis.

– Votre proposition a-t-elle été soumise à l’approbation du Conseil d’Etat?

– A plusieurs reprises, j’ai évoqué ce scénario avec mes collègues du Conseil d’Etat afin de la faire étudier dans le cadre du plan d’actions sur la Traversée du lac, adopté en octobre 2014. Ce n’est, ni plus ni moins, qu’une piste parmi d’autres pour trouver des nouveaux financements, alors que les projets que Genève doit mener à bien sont nombreux. Je pense à la traversée autoroutière du lac, à l’extension de la gare de Cornavin et de sa connexion ferroviaire avec Annemasse en France [le CEVA, ndlr]. Je me réjouis d’avoir ouvert le débat. Aucun sujet ne doit être tabou.

– Reste qu’il n’existe aucune base légale pour instaurer un tel mécanisme…

– Effectivement. Il nous faudra passer par les Chambres fédérales pour obtenir des dérogations. Notre canton pourrait avoir valeur de test pour le reste du pays.

– Vous parlez d’un péage, d’autres préfèrent le terme d’«impôt», sachant que beaucoup de frontaliers ne peuvent simplement pas se passer de leur véhicule, faute d’offre suffisante en transports publics. Que répondez-vous?

– Qu’il ne s’agit pas d’une mesure discriminante puisque tous les usagers, sans distinction, seront soumis à ce droit d’entrée. Ensuite, il ne faut pas considérer cette taxe comme une punition. En récoltant un seul franc sur chaque passage, nous pourrions dégager 50 millions chaque année qui profiteront aux Français, à notre canton et au canton de Vaud ainsi qu’à la Confédération. J’estime que ce prix n’est pas élevé, cette mesure sera indolore pour le porte-monnaie des usagers.

– Avez-vous chiffré le coût d’investissement d’un tel mécanisme?

– Pas encore, mais il ne devrait pas être onéreux en regard de ce qu’il nous rapporterait. Je vous rappelle que nous disposons déjà d’un système de reconnaissance des plaques aux douanes, qui pourrait être utilisé pour prélever cette taxe.

– Comprenez-vous que cette mesure soit décriée par les élus français, qui estiment que leurs travailleurs frontaliers contribuent déjà largement à la richesse du canton?

– Bien sûr. Mais je le répète: alors que nous avons un retard considérable en matière d’infrastructures et que chacun, d’un côté comme de l’autre de la frontière, peine à financer ses infrastructures – troisième voie autoroutière et ferroviaire dans le canton de Vaud, lignes de trams en France voisine –, la redistribution des sommes récoltées par un péage bénéficierait à tous.