Maximilian Reimann (UDC/AG), un des partisans de l’initiative: «Je suis un homme tolérant. Ceux qui me connaissent, le savent. Mais cette tolérance n’est pas sans limites (…). Elle doit être réciproque. Je me reconnais ainsi dans les déclarations du président américain Barack Obama d’hier au Caire. Il a plaidé pour une tolérance réciproque entre les mondes arabo-musulman et américain. Selon Obama, cette tolérance ne doit pas être à sens unique. (…) Nous devons donc nous poser une question essentielle: est-ce que des clochers peuvent être construits dans le monde musulman?»

Dick Marty (PLR/TI), qui a milité pour l’invalidation de l’initiative: «Je crois que, et je le répète, nous avons aussi la tâche d’être les gardiens des valeurs fondamentales. Monsieur Reimann a cité le discours de Monsieur Obama: je ne sais pas s’il l’a lu jusqu’à la fin. C’est un discours absolument remarquable. Il a dit une chose admirable et vraie: «Le respect de la religion des autres est une valeur fondatrice de la paix dans ce monde.» Ce passage admirable, «une valeur fondatrice de la paix dans ce monde», démontre à quel point la liberté de croyance, la liberté de culte font partie des valeurs intouchables et sur lesquelles on ne peut négocier.»

Luc Recordon (Verts/VD), aussi pour l’invalidation: « Nous devons reconnaître que le peuple a des voies possibles, même pour abolir la liberté religieuse, mais alors il doit le dire clairement, et les initiants ne doivent pas le faire subrepticement, à travers une initiative apparemment dirigée contre quelque chose qui peut apparaître aux yeux de certains comme relativement secondaire - la construction des «clochers musulmans». Il doit le faire frontalement et clairement, ce serait là la conséquence de notre acceptation de la proposition de Monsieur Maissen: obliger les initiants, dans ce genre de situation, à avancer à visage découvert.Il y aurait une sorte d’assainissement dans la manière de pratiquer le droit d’initiative: on ne peut pas toujours utiliser des voies biaisées, des voies obliques, comme cela a été le cas précédemment - cela a été répété par Monsieur Marty aussi - dans de précédentes initiatives populaires, notamment celle sur l’internement à vie, où en réalité je suis convaincu que nous avons porté une atteinte grave, et nous avons par faiblesse laissé le peuple porter une atteinte grave aux droits fondamentaux. Le fait que nous ayons maintenant une certaine répétition de ce type d’initiatives attentatoires aux droits fondamentaux doit nous faire nous poser la question - puisque encore une fois nous jouons le rôle de tribunal constitutionnel - de savoir si nous sommes prêts à accepter un grignotage progressif, mais finalement assez grave, de notre attachement aux libertés fondamentales, ou alors s’il ne faut pas obliger ceux qui participent de ce grignotage à chaque fois à demander si nous voulons en ce sens-là dénoncer les textes fondamentaux en matière de droits de l’homme auxquels nous sommes partie, qu’il s’agisse du Pacte international des Nations Unies ou - plus important encore pour nous dans la pratique - de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l’homme et des libertés fondamentales»

Claude Hêche (PS/JU), en faveur de l’invalidation: «Cette initiative représente une atteinte importante à plusieurs droits fondamentaux garantis par notre Constitution. Je veux notamment parler du principe de l’égalité devant la loi, de la liberté de croyance et de conscience, de l’interdiction de la discrimination ou encore tout simplement du respect des compétences cantonales et communales en matière de construction (…) Permettez-moi de vous faire part de mon inquiétude quant au risque que cette initiative ne fasse que renforcer les peurs et les sentiments xénophobes d’une partie de la population. A mes yeux, ce serait le seul effet de cette initiative discriminatoire. Cette initiative réveille des sentiments de peur, de fermeture, je dirais même de rejet de l’autre. Et notre pays court le risque de se refermer sur lui-même et quelque part de succomber à l’intolérance des initiants. La liberté religieuse et beaucoup d’autres bien sûr sont menacées par ce climat que certains veulent délétère. Par conséquent, à nous aujourd’hui de donner un signal politique fort en faveur d’une cohabitation tolérante et pacifique. C’est dans cet esprit que je vous invite au minimum à recommander au peuple et aux cantons de rejeter cette initiative. Pour ma part, je soutiendrai la proposition Maissen (qui a demandé l’invalidation)»