Les croix et crucifix devraient pouvoir rester accrochés sur les murs des écoles lucernoises. Le gouvernement cantonal a pris position mardi après un mois de discussions publiques animées dans ce canton à majorité démocrate-chrétienne.

Le père de deux enfants d’une école de la commune de Triengen avait lancé la polémique. Membre de l’Association suisse des libres penseurs, David Jan Schlesinger avait exigé que les crucifix de l’établissement soient décrochés, fondant sa requête sur un arrêt du Tribunal fédéral de 1990. Celui-ci stipule que l’exigence de neutralité confessionnelle des écoles publiques a été violée par la décision d’une commune tessinoise d’imposer un crucifix dans les classes de l’école primaire.

Depuis, le débat s’est intensifié à Lucerne, encore alimenté par le licenciement en Valais d’un enseignant qui avait refusé de suspendre un crucifix dans sa classe de Stalden. Le chef du Service de l’instruction publique avait alors précisé que «l’école valaisanne n’est pas laïque»: la loi stipule qu’elle a la mission de seconder la famille dans l’éducation et l’instruction de la jeunesse.

Le gouvernement lucernois s’en remet pour sa part à la tradition chrétienne du canton. «Les croix sont aujourd’hui un symbole auquel n’est pas rattachée une seule appartenance religieuse», affirme-t-il, cité par la Neue Luzerner Zeitung. Il soutient la place du crucifix – soit la croix sur laquelle le Christ est représenté crucifié – et de la croix comme signes de la culture chrétienne. «Les crucifix peuvent rester accrochés tant qu’ils ne dérangent pas.» Si tel n’est pas le cas, ils seront, après discussion, remplacés par des croix.

C’est un postulat du parlementaire UDC Christian Graber qui a réclamé cette prise de position pour édicter une ligne de conduite. Or l’exécutif, appuyé par l’entier du parlement, a suggéré de s’inspirer de l’attitude choisie par Triengen dans son litige avec le père de deux élèves. Les autorités du village ont en effet, suite à cette opposition aux crucifix, proposé de les remplacer par des croix, plus neutres.

Menaces de mort

«La position du gouvernement est une stratégie intelligente qui va calmer les esprits», observe Trix Dettling, parlementaire socialiste. Elle rappelle que dans ce canton de Suisse centrale, l’appartenance catholique est encore très enracinée. «Personne n’a peut-être remarqué que dans la majorité des classes, la croix est absente. Mais lorsqu’un conflit surgit, comme ce fut le cas, c’est un emportement massif.»

Une pétition a été lancée, qui exprime cet attachement à la tradition chrétienne. L’action «Pour le crucifix» («Kruzifix bleibt») a rassemblé de nombreux politiciens, en majorité PDC et UDC. Parallèlement, le chef du groupe parlementaire PDC, Bruno Schmid, a déposé une initiative en faveur de la tolérance face aux symboles religieux chrétiens, «parties de l’identité suisse». La discussion risque donc de se poursuivre, surtout à l’approche des élections cantonales d’avril prochain.

De son côté, la famille allemande qui demandait la disparition des crucifix a décidé de quitter Triengen.