Formation

Luciana Vaccaro: «Les hautes écoles spécialisées vivent aussi des réseaux avec l’UE»

La rectrice de la Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale explique que son institution est celle qui recourt le plus aux programmes d’échange Erasmus+. Ces universités des métiers que sont les HES sont également inscrites dans les réseaux européens

Les difficultés de la Suisse avec l’Union européenne, alors que commence la consultation sur un accord-cadre que même le Conseil fédéral semble délaisser, affolent les milieux scientifiques. Les projets de recherche en réseau au niveau européen, richement dotés, sont devenus d’importantes sources de recettes des universités et des deux écoles polytechniques. Au Temps il y a quelques jours, le nouveau président de l’EPFZ, Joël Mesot, déclarait que «si la recherche suisse se trouvait à nouveau déconnectée des réseaux européens, ce serait un désastre».

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Les hautes écoles spécialisées, ces universités professionnelles actives dans l’ingénierie, la gestion et la santé, sont moins souvent citées dans ce débat, mais elles ont aussi leurs activités européennes. L’analyse de Luciana Vaccaro, rectrice, depuis 2013, de la HES de Suisse occidentale, qui regroupe une trentaine d’écoles romandes.

Le Temps: En quoi les difficultés de la Suisse avec l’UE vous concernent-elles?

Luciana Vaccaro: La dimension internationale est aussi importante pour les HES que pour les autres hautes écoles. Nos jeunes sont également exposés à l’aspect international. Il n’y a pas une seule PME qui n’a pas quelques débouchés, et fournisseurs, à l’étranger. Ce n’est pas parce que nous servons d’abord un tissu local que nous sommes cantonnés à la région. Avec les réseaux européens notamment, nos jeunes ont cette chance unique d’accéder à d’autres pays. D’ailleurs, la HES-SO est la haute école de Suisse qui fait le plus grand usage d’Erasmus+, en nombre d’étudiants qui partent. Ceci parce que nous avons une politique active en la matière, avec un complément de financement octroyé aux étudiants.

Et il y a la recherche…

Je n’aime pas trop la distinction entre recherche fondamentale et appliquée, mais disons que nous sommes actifs dans des thèmes de recherche issus des besoins de la société – songez aux questions de migration, d’énergie, ou aux enjeux de la numérisation. Notre HES est ou a été impliquée dans 24 projets européens depuis 2014, pour une somme de 11 millions de francs. Ce n’est pas monumental, mais pas négligeable non plus. Perdre cette ouverture, cette respiration, reviendrait à faire moins bien notre travail. A côté des fonds de l’European Research Council, très présents dans les universités suisses et les EPF, les deux autres piliers des projets européens concernent des domaines couverts par les HES, à commencer par l’innovation. C’est pour cela que nous ressentons une inquiétude croissante.

Recevez-vous des signaux d’alerte de vos collègues européens?

En 2014, après le vote sur l’initiative de l’UDC, nous avons eu beaucoup de peine à renouveler les engagements liés à Erasmus+, par exemple. Il y a eu un ralentissement des projets, et nous sentions une méfiance à l’égard du corps scientifique suisse. Nous avons enfin atteint à nouveau le niveau de financement de 2013. Au fond, en 2014, nous avons connu une crise qui a pu être surmontée. A présent, on parle de la stabilité à long terme. Il sera beaucoup plus difficile de négocier une solution ad hoc si l’enjeu porte sur la longue durée. De plus, je crains une lassitude de nos interlocuteurs.

S’il y a échec de l’accord-cadre, que pouvez-vous faire?

Sur le plan national, nous demanderons aux milieux politiques quel est leur plan pour la suite, concernant les hautes écoles. Nous comprenons bien que la portée de cet accord est très large, qu’il y a de nombreux intérêts. Mais nous devrons discuter de la suite pour la formation et la recherche. Un commissaire européen ne sera pas sensible aux arguments d’une rectrice de HES, cela doit se discuter à un plus haut niveau. Nous avons pu mener une démarche diplomatique à propos d’Erasmus+, en assurant à nos partenaires que nous restons fiables et fidèles à ces échanges. Mais ce ne sera pas possible à plus grande échelle.

Dès lors, pensez-vous accroître vos liens avec des pays non européens?

Je plagie le président de Swissuniversities, le recteur de l’Université de Zurich, Michael O. Hengartner: «Mes collègues géologues me disent que nous sommes en Europe depuis quelques millions d’années, et que cela va continuer…»! Dirions-nous à une PME d’exporter davantage vers la Corée que vers la France? On ne peut remplacer du jour au lendemain des relations de confiance établies de longue durée. C’est une osmose entre les gens des pays voisins qui viennent chez nous et les Suisses qui vont ailleurs. Ces mouvements ne viennent pas des recteurs, ce sont les chercheurs qui nouent les réseaux, et qui en ont besoin.


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