Portrait

Luciana Vaccaro, rectrice vitaminée

Le mandat de la rectrice de la HES-SO a été reconfirmé pour les quatre prochaines années. Elle continuera d’insuffler son énergie à cette institution comprenant 28 hautes écoles réparties dans sept cantons romands

Petite robe noire et collier de perles blanches, Luciana Vaccaro longe un couloir. De loin, elle sourit en faisant de la main un salut militaire puis, d’un pas énergique, poursuit son chemin jusqu’à son bureau. Une vaste pièce lumineuse avec des assiettes de fruits de-ci de-là, une orchidée, un coin salon en cuir, des piles de documents et deux dessins d’enfant. Au milieu du passage trône une valise métallique entrouverte. «Je ne vais pas partir en voyage aujourd’hui. C’est juste mon bureau à roulette que j’emporte partout», dit-elle en désignant l’objet.

Le mandat de Luciana Vaccaro, à la tête de la HES-SO, a été reconfirmé pour les quatre prochaines années. Elle continuera ainsi de chapeauter et d’insuffler son énergie à cette institution comprenant 28 hautes écoles réparties dans sept cantons romands. A partir du 1er juin, elle multipliera ses voyages dans toute l’Europe puisqu’elle prendra la présidence de UAS4Europe, une association des hautes écoles spécialisées de divers pays européens. «Nous serons plus présents sur la scène internationale et pourrons faire valoir la plus-value du modèle de la HES-SO qui affiche un taux d’employabilité de 96,4%», dit-elle fièrement, tout en refusant de parler à la première personne du singulier.

Forte progression du nombre d’étudiants

Depuis octobre 2013, lorsqu’elle a été nommée à la tête de l’institution, le nombre d’étudiants a fortement progressé, passant de 18 000 à près de 21 000. «Aujourd’hui, il y a davantage d’immatriculations au niveau bachelor dans une HES que dans les universités ou l’EPFL. Nous avons gagné en visibilité et en crédibilité. En outre, nous sommes parvenus à stabiliser la charge que représente cet accroissement. Le modèle financier a été réformé. Chaque étudiant ne coûte plus de manière linéaire 27 000 francs en moyenne au contribuable. Nous bénéficions désormais d’un forfait global qui tient compte des différents facteurs», explique-t-elle.

La HES-SO s’appuie sur un budget statutaire annuel de 540 millions de francs, financé à hauteur de 70% par les cantons et de 30% par la Confédération. A cette somme s’ajoutent environ 40 millions issus de tiers, tels que la Commission pour la technologie et l’innovation (CTI), le Fonds national ou diverses fondations.

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Equipes multidisciplinaires

En quatre ans, Luciana Vaccaro a mis en place le Master Innokick, qui regroupe des ingénieurs, des économistes et des designers. Cette formation permet à des équipes multidisciplinaires de travailler sur des projets qui correspondent aux besoins de l’industrie. «Nous avons également lancé un prix à l’innovation et créé avec l’Université de Lausanne un master en Santé ouvert aux différentes disciplines de ce domaine à l’exception des soins infirmiers qui disposent déjà d’un master. Dans un secteur à forte pénurie, il est important de valoriser les métiers de la santé, et donc de donner la possibilité à certains professionnels d’aller au-delà du bachelor.»

Quand j’arrive à l’aéroport et retrouve le Vésuve, c’est émouvant. Tout comme ça l’est quand je revois le lac Léman. J’ai une double identité mais ma place est en Suisse

Naturalisée cette année, la Napolitaine d’origine a gardé le charme des «r» roulés et des mains qui accompagnent la parole. «Quand j’arrive à l’aéroport et retrouve le Vésuve, c’est émouvant. Tout comme ça l’est quand je revois le lac Léman. J’ai une double identité mais ma place est en Suisse», explique celle qui a grandi dans une ville où se côtoient tous les extrêmes. «De mon côté, j’ai vécu dans un quartier calme», relève la physicienne qui a quitté son pays à 26 ans pour effectuer un stage au CERN avant de poursuivre un doctorat à l’EPFL.

Vocations féminines

Mère de deux filles de 11 et 14 ans et s’imposant une hygiène de vie de marathonienne, elle s’est fixé comme objectif, pour son nouveau mandat, de continuer à absorber la croissance de la haute école tout en garantissant la qualité de la formation. Elle veut aussi susciter plus de vocations féminines pour les métiers techniques.

«Dans certaines filières, il n’y a que 11% de filles. Je suis convaincue que le talent est distribué de manière uniforme entre les hommes et les femmes, et nous ne pouvons pas passer à côté de ces talents. Ce n’est pas normal. Certains métiers sont encore trop connotés comme étant masculins. De manière générale, les domaines de l’ingénierie, des mathématiques et des sciences naturelles et techniques intéressent moins d’étudiants que l’économie. Inciter les filles à choisir des métiers techniques me tient à cœur», dit celle qui s’offusque d’avoir, un jour, entendu une personne lui dire «vous êtes l’homme de la maison». «Le leadership n’est pas un attribut masculin», s’enflamme-t-elle dans son bureau lausannois.

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Continuer à innover

Luciana Vaccaro veut continuer à innover et à adapter les filières aux nouveaux métiers qui vont émerger face à la numérisation de la société. «Tout le marché du travail en sera bouleversé. Nous devons anticiper ce mouvement et être suffisamment réactifs pour aller dans la bonne direction. Dans le domaine de la santé par exemple, avec le vieillissement de la population et les progrès dans la médecine, de nouvelles formations entre les médecins et les soignants vont apparaître. Aux Etats-Unis, on les appelle déjà des «nurse pratictioners» ou des infirmiers praticiens», dit-elle.

La numérisation aura aussi un impact sur l’enseignement. Les formations devront s’adapter. «Le métier d’enseignant devra évoluer pour retenir l’attention des jeunes. Les cours en vrac n’auront plus leur raison d’être. Il faudra enrichir les contenus avec des cas concrets et dynamiques. Faire du storytelling.»


Profil

1969 Naissance à Genève mais enfance à Naples.

1996 Diplôme en physique à Naples, déménage à Genève.

2000 Doctorat à l’EPFL, nommée maître assistante à l’Institut de microtechnique de l’Université de Neuchâtel.

2002 Naissance de sa première fille, Alice.

2005 Naissance de sa cadette, Carolina.

2013 Nommée rectrice de la HES-SO.

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