Maurer superstar, Sommaruga supernulle. C’est ainsi que l’on peut résumer le message délivré samedi par les délégués de l’UDC, réunis à Kerns (OW), à propos de la politique du Conseil fédéral et du parlement en matière de migration et de sécurité. Saisis d’un projet de lettre adressé au Conseil fédéral et surtout à sa présidente, Simonetta Sommaruga, dont l’UDC ne se prive pas de rappeler qu’elle est socialiste, les délégués ont massivement signé le document. Celui-ci contient une série de revendications qui, toutes, ont trait à la politique migratoire.

Par cette prise de position, l’UDC réclame un moratoire sur l’asile d’une durée d’un an en recourant au droit d’urgence. Le parti réclame en outre des centres fermés pour les requérants. Dans la même veine, l’UDC exhorte ses sections locales à s’opposer à tout nouveau projet d’ouverture de centres d’hébergement. Le parti s’appuie sur le témoignage de Martina Bircher, conseillère communale UDC à Aarburg (AG). Dans cette bourgade proche d’Olten, le canton d’Argovie a loué un troisième centre d’accueil, portant ainsi à 130 le nombre de requérants logés dans la commune. Ce sont en majorité des Erythréens, qui finissent en partie à l’aide sociale, affirme-t-elle. Martina Bircher estime le coût pour la collectivité locale entre 1,5 et 3 millions de francs. La lettre réclame une réduction de l’accès à l’aide sociale et du regroupement familiale ainsi que l’expulsion sans délai de requérants déboutés.

Contrôle des frontières

Invité à s’exprimer devant une assemblée qui le connaît plus comme polémiste que comme candidat au Conseil national, Roger Köppel, patron de la Weltwoche, a matraqué Simonetta Sommaruga, qu’il accuse d’être responsable de tous les maux. Elle fait «vibrer la corde des grands sentiments» à propos de la tragédie syrienne au lieu d’agir pour réduire le nombre de requérants d’asile, qui sont en majorité érythréens, critique-t-il. Citant les statistiques de l’asile, il ne se prive pas de souligner que c’est durant le court règne de Christoph Blocher que les chiffres ont été les plus bas. En revanche, il ne dit pas que cette période s’est située entre les grands flux migratoires provoqués par les crises des Balkans (fin des années 90), de l’Erythrée et du Proche-Orient (dès la fin des années 2000).

L’UDC réclame aussi une politique autonome en matière de contrôle des frontières, «si nécessaire avec l’aide de l’armée». Or, critique Ueli Maurer sans hésiter à enfreindre les règles de la collégialité, la défense nationale ne peut se satisfaire du plafond de dépenses que le Conseil fédéral a fixé à 4,7 milliards dans le budget 2016. Il faut au moins 5 milliards, plaide-t-il en se réjouissant de l’attitude de l’UDC lors des récents débats parlementaires sur le développement de l’armée. N’ayant pas obtenu l’inscription de ce montant dans la loi, l’UDC a refusé la réforme. Comme le camp rose-vert l’a également rejetée, mais pour d’autres raisons, celle-ci a échoué au Conseil national. Si l’on ne dote pas l’armée des moyens exigés par l’UDC, elle ne sera pas en mesure d’assurer les tâches de sécurité que l’on attend d’elle. Cela concerne par exemple les contrôles aux frontières.

Armée forte

Ueli Maurer milite pour une armée forte et bien équipée. Ce sont les troupes mal équipées qui ont perdu Marignan. En revanche, Morgarten a démontré qu’une «armée différente» pouvait vaincre l’ennemi. Cette armée différente avait eu recours à une arme diabolique: le tronc d’arbre.

La lettre ne fait pas l’impasse sur la mise en œuvre de l’initiative sur l’immigration. L’UDC reproche au Conseil fédéral, mais ce n’est pas nouveau, de ne pas appliquer l’initiative comme il le devrait. L’application de la libre circulation des personnes est faite de «fausses incitations» et de «possibilités d’abus» qu’il convient de corriger. L’UDC milite pour des contingents stricts et une renégociation de l’accord bilatéral, proposition qui n’a jusqu’à maintenant reçu aucun écho de la part de l’UE.