Politique suisse

L’UDC fait bloc en dénonçant la gauche

Réuni en assemblée des délégués ce week-end, le parti conservateur est revenu à ses fondamentaux. Face à une assemblée conquise, il a étrillé les politiques socialistes, responsables selon lui de tous les maux du pays

C’est la faute de la gauche. En résumé, voilà ce qui est ressorti de l’assemblée des délégués de l’UDC, organisée ce samedi à Orbe. Dans une vaste tente idylliquement située sur l’esplanade du château de la petite ville vaudoise, le président de la Confédération, Ueli Maurer, le ministre de l’Economie, Guy Parmelin, et un bon nombre de députés nationaux, cantonaux et communaux de l’UDC ont célébré avec entrain leur vision politique. Celle du «seul parti qui fait ce qui doit être fait pour la Suisse». Ils ont tiré à vue sur la gauche, beaucoup, et sur l’UE, énormément.

Le nécessaire retour du général Guisan

La journée a commencé en chanson. Avec un peu de cor des Alpes, pour accueillir les invités, puis, avant toute chose sérieuse, en chantant l’hymne. Comme un seul homme – il y en avait d’ailleurs beaucoup –, les 300 délégués présents ont entonné le Cantique suisse. A pleins poumons. Place à l’allocution du président du parti, Albert Rösti: «Les partis de gauche ne parlent que du climat, dit-il. C’est ce que nous appelons l’arnaque écolo-socialiste contre la classe moyenne. Regardez-moi ce beau temps! Il faut profiter après les longues pluies de mai. On entend partout qu’il fait chaud, mais c’est normal! Profitons!» Voilà pour les préoccupations climatiques.

Le Bernois enchaîne en évoquant Hitler et l’Allemagne nazie, contre lesquels «la résistance et le non-alignement» du général Guisan – le sauveur – ont fait des merveilles: «Nous aurions un urgent besoin de ça aujourd’hui alors que l’UE nous entoure et nous menace. Que ce soit clair, nous ne signerons pas l’accord-cadre.» Retour au thème du jour: la gauche, dont la politique d’immigration est responsable du bétonnage et des bouchons. Les socialistes et autres Verts ne veulent d’ailleurs qu’une chose, dit-il, «de l’argent!» – tout en plumant les honnêtes citoyens: «Légumes bios, voitures électriques et logements énergétiquement efficaces, de belles idées, dit Albert Rösti. Mais elles augmentent les charges d’un ménage de 20 000 francs par an.» La salle applaudit, Guy Parmelin prend le micro.

«La politique socialo-écologiste ruine la Suisse»

Son discours est bien plus consensuel. Le conseiller fédéral, dont la parole n’est pas aussi libre que celle de ses collègues, se permet tout au plus de souhaiter «une diminution de la bureaucratie». Ueli Maurer, lui, ne montera même pas à la tribune. Le style incisif de la journée revient rapidement lors de l’allocution du conseiller national Adrian Amstutz (BE), intitulée «L’erreur de construction socialiste de l’UE»: «Le pouvoir bruxellois me rappelle l’Allemagne nazie», s’emporte le Bernois, entre autres comparaisons audacieuses. Son intervention clôt la matinée. Pause de midi: fricandeaux pommes purée et fanfare. L’air des gendarmes à Saint-Tropez accompagne le repas.

Une fois le dîner consommé, le meilleur ennemi du parti conservateur est encore réduit en cendres dans deux ultimes prises de parole: «La politique irresponsable de redistribution et d’endettement menée par la gauche», par le conseiller national Thomas Aeschi (ZG), et «La politique d’immigration socialo-écologiste ruine la Suisse», par Albert Rösti. L’heure du vote a sonné: pour ou contre l’adoption du «Manifeste de combat contre la redistribution et l’égalitarisme irresponsables de la gauche et de ses suiveurs». Le oui l’emporte aisément. Ne reste plus à Albert Rösti qu’à souhaiter d’excellentes vacances à tous ses délégués et, dit-il: «N’oubliez pas de convaincre vos proches de voter UDC!» Pour des propositions plus concrètes, il faudra vraisemblablement attendre.

Publicité