Environnement

Pourquoi l’UDC boude notre charte écologique

Sur la centaine de candidats romands de l’Union démocratique du centre, ils ne sont que trois à s’être positionnés sur les 30 engagements en faveur de la préservation de l’environnement. C’est moins surprenant que décevant

Chers lecteurs, on vous ment un peu. Contrairement à ce que le titre de cet article pourrait laisser penser, nous avons une idée assez précise de la raison pour laquelle, parmi les 222 candidats romands qui, lundi, avaient rempli notre charte écologique, on ne trouve que trois membres de l’UDC.

Voici deux extraits du programme de législature de l’Union démocratique du centre: «La protection de l’environnement n’a pas besoin de nouvelles lois». Et «Nul besoin d’objectifs insensés de réduction du CO2».

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On peut également citer Albert Rösti, président du parti, qui parle de «l’arnaque écolo-socialiste contre la classe moyenne» et flirte sans trop de complexes avec le climatoscepticisme. Le conseiller national Roger Köppel, rédacteur en chef de la Weltwoche, dénonce lui-même ou via son journal le «nouvel écolo-terrorisme», ennemi de la démocratie.

Plus proche de nous, il fallait lire, aussi, la réaction un peu plus nuancée de Céline Amaudruz à la découverte de notre charte: «Je ne l’ai pas lue et n’ai pas besoin de le faire pour savoir quoi en penser […] On nous incite à nous engager dans un domaine où la Suisse est déjà numéro un et où notre petit pays n’a qu’un faible impact au niveau mondial», avait répondu la conseillère nationale genevoise.

«Intellectuellement faux»

Parmi les trois UDC qui ont rempli la charte écologique, il y a Pierre Hainard, candidat neuchâtelois au Conseil des Etats. «Je suis d’accord avec la vision du parti sur la souveraineté, la défense nationale ou les notions de responsabilité individuelle. En revanche, je ne suis pas du tout en accord avec son traitement des enjeux écologiques, assume-t-il. Je me méfie de l’hystérie actuelle, mais ignorer cette question et son urgence, c’est intellectuellement faux et, politiquement, une erreur d’appréciation.»

A consulter: La charte écologique du «Temps»

Le Chaux-de-Fonnier a non seulement répondu à la charte, mais il affiche un taux d’acceptation de 93%. Soit 17 oui, 11 «oui +» et 2 non. Ces derniers concernent les taxes incitatives sur les combustibles et le carburant. «Je suis contre ces nouvelles taxes parce qu’elles pénaliseraient les classes moyennes.» Selon lui, il vaudrait mieux changer l’affectation de taxes existantes, par exemple le système de la RPC – la rétribution à prix coûtant de l’électricité, qui est financée par une taxe à la consommation.

Vladimir Novak (Jeunes UDC Vaud) affiche, lui, une moitié de oui et une moitié de non. Il est par exemple opposé au développement des soutiens financiers pour la production d’énergie renouvelable, principalement photovoltaïque. «D’où proviennent les panneaux solaires et le métal qui les composent? De Chine… On sous-estime beaucoup le potentiel du biogaz. Sachant que la Suisse produit énormément de déchets, ce serait une manière plus locale de produire de l’énergie.»

Dans la ligne de son parti, il prône le local dans à peu près tous les domaines, de la mobilité à l’agriculture. Mais il ne veut pas que l’on fonce tête baissée. «Si l’on veut que les agriculteurs passent au bio, il faut une transition, des incitations, notamment fiscales. On ne peut pas décréter un strict et court délai d’interdiction pour des gens qui travaillent d’une certaine manière depuis des décennies.»

Pourquoi il est l’un des seuls UDC à avoir pris position sur notre charte? «L’écologie ne doit pas être négligée, mais l’immigration et l’accord-cadre avec l’UE restent nos principaux combats.»

Loin du compte

Selon nos calculs, l’UDC dénombre une centaine de candidats des cantons romands aux fédérales du 20 octobre. Avec nos trois répondants, nous sommes donc encore loin du compte.

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Précisons quand même, chers lecteurs, que nous ne sommes pas surpris ni vexés. On pourrait même aller jusqu’à souligner que l’UDC ne fait pas d’opportunisme électoral avec la question climatique. Mais il est préférable de les prévenir que pour faire de la politique aujourd’hui et demain, il faudra bien finir par accepter de parler d’écologie.

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