L’UDC cherche son second conseiller fédéral

Elections Une commission a été créée pour dénicher la perle rare

Les Romands risquent de regarder passer le train

La machine est lancée. Pour décrocher un deuxième siège au Conseil fédéral, l’UDC a déjà nommé une commission d’examen des candidatures et placé à sa tête Ernst Hasler, ancien conseiller d’Etat argovien. Qualifié de vieux renard de la politique par l’Aargauer Zeitung , celui qui fêtera ses 70 ans cette semaine a aussi siégé quatre ans au Conseil national, entre 1995 et 1999. Il explique sur le ton de la plaisanterie avoir accepté la fonction «parce qu’il a le temps». Mais il avoue immédiatement qu’il s’agit aussi de mener sérieusement cette mission.

On se souvient de la déroute de 2011. L’UDC avait d’abord désigné Bruno Zuppiger pour se lancer dans la bataille et attaquer le siège d’Eveline Widmer-Schlumpf. Empêtré dans une affaire de détournement d’héritage, le Zurichois avait dû jeter l’éponge une semaine avant l’élection et il avait fallu repêcher Hansjörg Walter, alors président de l’Assemblée fédérale, pour faire bonne figure aux côtés de Jean-François Rime. En décembre, l’élection au Conseil fédéral avait ainsi tourné au fiasco pour le premier parti de Suisse, incapable d’élaborer une stratégie compréhensible, même pour ses propres parlementaires.

«Nous avons tiré les leçons de 2011, déclare Martin Baltisser, secrétaire général de l’UDC. Nous devons préparer cette échéance plus tôt et avec une commission indépendante de la direction du parti, chargée de prendre contact avec les sections cantonales et d’évaluer les candidatures potentielles. Il faut mener cette procédure de manière crédible. En 2011, nous n’avions pas vraiment adopté une formule gagnante.»

Et la constellation lui est actuellement favorable. Si on se fie aux dernières élections cantonales, le camp PLR et UDC se renforce, au détriment des nouveaux partis du centre, soit les Vert’libéraux et surtout le PBD d’Eveline Widmer-Schlumpf. A voir si cette tendance se confirme en octobre, mais l’UDC a de quoi nourrir quelques espoirs d’élire un second UDC aux côtés d’Ueli Maurer.

En l’état, la direction ne spécule pas sur le profil du ou des candidats à la candidature. Un défenseur de la ligne dure de l’UDC ou une personnalité plus consensuelle? «Il faut de l’expérience en politique et être capable de diriger un département fédéral, cela paraît évident. Et, rien que sur ces critères, il n’y aura pas cent candidats disponibles», indique Martin Baltisser.

La commission a été instaurée il y a près d’une année. Outre Ernst Hasler, elle est composée du chef du groupe parlementaire, Adrian Amstutz, du conseiller national vaudois Jean-Pierre Grin, de l’ancien président de l’UDC glaronaise et député Marc Ziltener, de la députée nidwaldienne Michèle Blöchliger et de l’ancien conseiller national zurichois Walter Frey. Si son existence vient d’être révélée, c’est que cette commission a entamé la première phase de sa mission et contacté les sections cantonales. «Nous auditionnerons les candidats à la candidature après l’été», précise Ernst Hasler.

C’est ensuite que ça va se corser. Car l’UDC confirme que, si sa stratégie dépendra grandement du résultat des élections fédérales d’octobre, elle s’adaptera aussi aux circonstances. S’agira-t-il d’une candidature de combat ou de profiter d’une démission au Conseil fédéral pour reprendre ce deuxième siège? Un départ d’Eveline Widmer-Schlumpf faciliterait évidemment grandement la tâche de l’UDC. Dans tous les cas de figure, c’est bien le siège de la ministre des Finances que l’UDC a dans le collimateur. Et un nom circule déjà: celui du conseiller national Heinz Brand, grison lui aussi.

Parmi les candidats potentiels, sont également régulièrement cités le sénateur et ancien président du Conseil des Etats Hannes Germann ou le conseiller national Thomas Hurter. Tous deux viennent de Schaffhouse, canton qui n’a jamais eu de conseiller fédéral. Dans la liste, on trouve d’autres conseillers nationaux, mais ils présentent des désavantages.

Le trentenaire zougois Thomas Aeschi fait son premier mandat au parlement et est un peu jeune pour la fonction. Les Zurichois Gregor Rutz et Thomas Matter viennent du même canton qu’Ueli Maurer. Quant au chef de campagne, Albert Rösti, ou au chef du groupe parlementaire, Adrian Amstutz, ils ont le défaut d’être Bernois, comme Simonetta Sommaruga et Johann Schneider-Ammann. Et du côté des Romands? Vice-président de l’UDC Suisse, Claude-Alain Voiblet n’y croit pas vraiment. «On va évidemment se poser la question mais il faut être réaliste, la perspective est faible. Il y a déjà deux Romands au Conseil fédéral», rappelle-t-il. Même le principal intéressé, le conseiller national vaudois Guy Parmelin, en est conscient. «Je peux difficilement imaginer qu’il y ait trois Romands au Conseil fédéral. Mais j’étais candidat à la candidature en 2011 et j’ai toujours dit à mon parti que je me tenais à disposition», déclare-t-il. Quant au Fribourgeois Jean-François Rime, il ne compte pas renouveler l’expérience.

«En 2011, nous n’avions pas vraiment adopté une stratégie gagnante»