Éditorial

L'UDC à la conquête de l'ouest

Alors que le PDC et le PLR ont entamé un processus démocratique de recherche interne de candidatures, l’UDC annonce pour sa présidence le nom du Bernois Albert Rösti, chef de la campagne électorale de 2015 et ex-candidat au Conseil fédéral

Avec le probable triple départ de Toni Brunner, de Christoph Blocher et de Walter Frey de la direction, une page se tourne à l’UDC. Mais la continuité sera assurée et aucun changement de cap n’est à attendre. D’une part, la manière dont le parti annonce la succession de Toni Brunner confirme qu’il reste structuré de manière très hiérarchisée.

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Alors que le PDC et le PLR ont entamé un processus démocratique de recherche interne de candidatures pour remplacer Christophe Darbellay et Philipp Müller, l’UDC annonce que l’affaire est réglée. C’est le Bernois Albert Rösti, l’une des figures montantes, chef de la campagne électorale de 2015 et ex-candidat au Conseil fédéral, qui deviendra le nouveau président.

Il n’est certes pas encore élu, mais ceux qui connaissent le fonctionnement du parti imaginent mal qu’un imprudent ait l’audace de le concurrencer. L’UDC est la seule formation politique structurée de manière «top down», les autres conservant cet agencement de type «bottom up» qui fait du parti national la résultante de ses sections cantonales.

D’autre part, et malgré le fait qu’il occupe désormais deux fauteuils gouvernementaux sur sept, le parti conservera son agressivité et sa pugnacité. Le rôle du méchant a longtemps été interprété par Christoph Blocher et, jusqu’à son élection au Conseil fédéral en 2008, par Ueli Maurer. Plus jovial, Toni Brunner a davantage joué la carte de la mobilisation des troupes que celle de la provocation. Albert Rösti s’inscrira sans doute lui aussi dans ce registre-là.

Mais il y a toujours un méchant, et c’est désormais le chef du groupe parlementaire Adrian Amstutz qui l’incarne. Il l’a prouvé tout au long de la campagne pour l’obtention d’un second siège gouvernemental: il aime et sait mordre, se montrer malcommode avec les médias, flinguer ses adversaires politiques. L’UDC peut compter sur lui. Et Christoph Blocher, même s’il n’est plus vice-président, saura toujours se manifester en cas de besoin, notamment via son canal télévisuel privé.

La continuité est ainsi assurée. Mais il y a tout de même un changement à relever: le déplacement géographique. Un Saint-Gallois et deux Zurichois fondateurs de l’UDC moderne – il faut rappeler que Walter Frey a été chef du groupe parlementaire à la fin des années 90 et reste l’un des principaux bras financiers du parti – cèdent la place à deux Bernois restés fidèles à la ligne blochérienne au moment de la scission avec le Parti bourgeois-démocratique et dont l’un, Albert Rösti, parle correctement le français.

Ces changements interviennent au moment où l’UDC a, pas tout à fait volontairement, placé un Romand au Conseil fédéral. Cela lui permettra d’espérer renforcer ses positions dans la moitié occidentale du pays, de Berne aux confins du Léman. C’est aussi sous cet angle que le parti analysera sa vice-présidence romande, assumée aujourd’hui par deux hommes, qui contrairement à leur prédécesseur unique Yvan Perrin, n’ont jamais fait l’unanimité. Que les autres partis romands se le disent: l’UDC part à la conquête de l’ouest.

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