L'UDC a, comme on l'attendait, fini par s'intéresser au scandale des visas qui menace, en Allemagne voisine, Joschka Fischer. L'opposition chrétienne-démocrate espère bien faire tomber la tête du populaire ministre des Affaires étrangères vert. L'UDC n'a cure du sort de la coalition rose-verte au pouvoir à Berlin, mais un abus de visas Schengen ne pouvait que lui mettre l'eau à la bouche dans la perspective de la campagne pour la votation du 5 juin.

Si la Suisse avait été membre de Schengen, il est exact que les Ukrainiens, notamment, auxquels un visa de tourisme a été octroyé avec un peu trop de libéralité par les Allemands, auraient eu le droit de pénétrer en Suisse. Si l'affaire promet d'accompagner les prochaines échéances électorales en Allemagne, elle va sans doute en Suisse animer la campagne contre Schengen/Dublin.

Provocation

Il y a peu de chances, toutefois, que l'UDC obtienne le débat urgent au parlement qu'elle a réclamé mardi en fin de journée. Du reste, sa démarche a viré dans l'après-midi de mercredi déjà à la pure provocation. Le parti a en effet invité Joschka Fischer à venir s'expliquer devant son prochain congrès, le 2 avril à Interlaken, et il prie le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE) de le soutenir dans sa tentative.

«Des millions de visas touristiques ont été obtenus abusivement», assurait mardi l'UDC, et ont grandement facilité le travail des passeurs, des trafiquants de femmes et des travailleurs au noir en Europe de l'Est. Le chiffre tombait à «un, voire un million et demi de prétendus touristes, en provenance d'Europe de l'Est et même de Chine», dans le communiqué publié mercredi.

En Allemagne, la polémique porte essentiellement sur l'octroi de visas aux ressortissants ukrainiens. En 1999, le gouvernement allemand avait décidé d'assouplir sa politique d'octroi de visas en perspective de l'élargissement de l'UE à l'Est. Une ordonnance prise en 2000 et abrogée en 2003 demandait aux autorités consulaires de se montrer accommodantes. De 141 200, en 1998, le nombre de visas octroyés à des Ukrainiens avait bondi à 298 000 en 2001, pour retomber au niveau de 1998 en 2003. Cette situation n'a semble-t-il pas eu de retombées en Suisse, puisque le nombre d'Ukrainiens refoulés à la frontière est demeuré stable au cours de la période considérée, autour de sept cents par année. Durant la même période, la Suisse accordait bon an mal an 14 000 visas, en grande partie touristiques, à des ressortissants de ce pays.