L'UDC, qui ambitionnait un temps de supplanter les radicaux en tant que parti représentant au mieux les intérêts de l'économie, semble avoir définitivement tourné casaque. Son assemblée des délégués a massivement rejeté la libre circulation des personnes, samedi, à Dietikon. Et cela avec un ton, des arguments et une mise en scène qui traduisent un refus non seulement de l'extension à la Bulgarie et à la Roumanie, mais un rejet plus profond du principe même de la libre circulation, que la grande majorité de la base estime sans aucune utilité. Ni pour le pays, ni pour l'économie, qui n'a pas besoin d'accords avec l'UE pour faire venir toute la main-d'œuvre dont elle a besoin, affirme Christoph Blocher lui-même. L'assemblée des délégués a en conséquence rejeté par 432 voix conte 45 et six abstentions la reconduction et l'extension de la libre circulation des personnes. Cette prise de position coïncide avec une radicalisation du conflit personnel qui oppose Christoph Blocher à Peter Spuhler. L'UDC aura réussi à tenir secret pendant trois jours le très vif affrontement qui a eu lieu entre les deux hommes jeudi, devant le groupe parlementaire réuni pour désigner les candidats à la succession de Samuel Schmid au Conseil fédéral.

«Eclat à l'UDC: Spuhler menace Blocher d'une plainte pénale», titrait dimanche Sonntag, alors que la SonntagsZeitung faisait sa une en parlant d'un «monstre krach à la tête de l'UDC». Selon ses propres sources, Le Temps aurait pu titrer sur une vive prise de bec, qui a effectivement opposé devant le groupe parlementaire Peter Spuhler et Ulrich Giezendanner à Christoph Blocher et Toni Bortoluzzi. Les deux premiers, mais surtout Peter Spuhler, se sont plaints amèrement des attaques essuyées dans la presse et ailleurs en provenance du camp blochérien. Christoph Blocher aurait même accusé Peter Spuhler d'obtenir des commandes publiques grâce à la corruption, accusation que le premier aurait démentie devant le groupe parlementaire.

L'affrontement entre les deux hommes s'est poursuivi samedi devant l'assemblée des délégués à propos de la libre circulation des personnes. L'UDC a toujours refusé les copinages politiques, a indiqué Christoph Blocher, et elle sait «que la politique est bien plus que la satisfaction d'intérêts égoïstes et à court terme de certaines entreprises». Nous avons eu le courage, a ajouté l'ancien conseiller fédéral, «de nous distancier des prises de position des grandes organisations économiques». La Suisse, assure encore Christoph Blocher, obtient autant de main-d'œuvre qu'elle veut également sans libre circulation des personnes et si elle a eu autrefois des problèmes c'est «parce que nous avions alors des contingents et d'autres fortes restrictions». En cas de non le 8 février, il ne se passera rien, affirme enfin l'ex-conseiller fédéral, en insistant à plusieurs reprises sur la venue d'une récession très très dure.

Tout en acquiesçant à la remarque faite par tous les intervenants que le paquet unique est «une saloperie», Peter Spuhler a défendu la libre circulation avec les arguments habituels des organisations économiques. Il insiste également sur le fait que la résiliation des accords bilatéraux I résultant d'une application de la clause guillotine pourrait pousser l'économie, qui y est aujourd'hui clairement opposée, à envisager une adhésion à l'UE.

L'homme d'affaires thurgovien est intervenu devant une salle hostile et il a été personnellement attaqué par plusieurs personnes, parmi le véritable flot d'intervenants qui ont déversé leur hargne contre la libre circulation en particulier et l'UE en général. Christoph Blocher est remonté à la tribune pour répliquer que l'application de la clause guillotine n'est qu'une invention et promettre à nouveau une «récession incroyable». Peter Spuhler, qui n'a guère obtenu que le soutien de la conseillère d'Etat zurichoise Rita Fuhrer, a répliqué en appelant ses adversaires à «s'opposer avec des arguments crédibles».

Dans cette chaude ambiance, le conseiller national bernois Hansruedi Wandfluh a parlé dans le vide en proposant le boycott du scrutin du 8 février. L'assemblée des délégués s'est néanmoins opposée à une manœuvre de l'ancien conseiller national zurichois Ulrich Schluer, qui voulait lui faire accepter une résolution proposant de ne présenter pour le Conseil fédéral qu'un candidat rejetant sans réserve l'extension de la libre circulation. Une large majorité n'a pas apprécié de se voir soumettre sans préavis un texte anonyme.