L'UDC en a déjà assez de l'opposition et entend revenir au Conseil fédéral. Elle présentera un candidat à la succession de Samuel Schmid si son siège devient vacant. Seule l'hypothèse d'une vacance unique a été étudiée à ce stade. La question a occupé pendant près de trois heures et demie la séance du groupe parlementaire, qui siégeait en présence de Christoph Blocher, en sa qualité de vice-président du parti. Le groupe a toutefois renoncé, à une courte majorité de 29 voix contre 27 et 4 abstentions, à poser d'ores et déjà la candidature de Christoph Blocher sur la table.

Nous voulons revenir, ont précisé devant la presse Toni Brunner, président du parti, ainsi que Caspar Baader et Jean-François Rime, respectivement président et vice-président du groupe parlementaire, pour tenir les engagements que nous avons pris envers nos électeurs, d'assurer l'indépendance du pays en empêchant une adhésion à l'UE, de baisser les impôts et de combattre les abus dans le domaine de l'asile et des assurances sociales. Nous n'avons pas choisi d'aller dans l'opposition, ont répété les trois intervenants, «on nous y a poussés le 12 décembre 2007».

Un choix stratégique

Au nom d'une véritable concordance, l'UDC revendique les deux sièges auxquels lui donne droit sa position de plus important parti du pays. Sans préciser ni quand ni comment elle entend récupérer le deuxième. Pour l'heure, le souci premier du parti est de bien insister sur le fait qu'il n'entend accepter aucune condition à son retour, s'agissant tant de son candidat que de son programme. C'est là un point central, martèle Toni Brunner, qui trouvera déjà un élément de réponse devant l'assemblée des délégués. Celle-ci aura en effet à se prononcer sur une modification des statuts prévoyant l'exclusion automatique pour tout membre acceptant une élection au Conseil fédéral sans être candidat officiel.

Après la reconnaissance implicite de l'échec de la politique d'opposition, l'élément essentiel de la séance du groupe parlementaire est le refus, en présence de l'intéressé, d'imposer d'ores et déjà la candidature de Christoph Blocher à la succession de Samuel Schmid. La proposition de la direction du groupe était de reconnaître que Christoph Blocher est le plus qualifié pour reprendre la direction du Département de la défense et de lui demander s'il acceptait cette désignation dans l'intérêt du pays.

Ce qui revenait à imposer d'ores et déjà, avant même qu'une démission de Samuel Schmid n'ait concrètement ouvert la succession, la candidature de Christoph Blocher. Et par voie de conséquence à provoquer les autres partis et à compromettre le retour de l'UDC au pouvoir.

La décision prise mardi par le groupe parlementaire n'exclut pas une future candidature de Christoph Blocher mais elle traduit l'existence d'un potentiel de résistance aux pressions de la direction du parti comme d'une certaine volonté de tourner la page.

Un candidat «prédestiné»

Tant Toni Brunner que Caspar Baader ont lourdement et à plusieurs reprises insisté, devant la presse, sur le fait que Christoph Blocher serait, avec son savoir-faire politique, ses compétences entrepreneuriales et son expérience militaire, le plus apte à reprendre en main le DDPS. Christoph Blocher est prédestiné pour cette mission, affirme même Caspar Baader, qui fait encore remarquer que les autres partis n'ont pas l'air très intéressés par la succession de Samuel Schmid. Si nous acceptons cette responsabilité, conclut le chef du groupe parlementaire, qu'on nous laisse l'exercer avec la personnalité qui a le meilleur profil pour répondre aux exigences de la situation.

Caspar Baader a laissé entrevoir mardi ce que pourrait être l'argumentaire du parti dans le cas où il devrait batailler pour imposer la candidature de Christoph Blocher, qui n'entre pas en question pour les autres formations politiques. L'UDC mettra les partis du centre en demeure de choisir d'affronter les difficultés économiques qui s'annoncent avec la gauche ou avec la droite. Si les autres partis refusent d'élire le candidat présenté par l'UDC, ce sera le signe qu'ils ne veulent plus de la concordance.