Genève

L’UDC drague la gauche sur le terrain de l’emploi

La section genevoise de l’UDC a concocté un projet de loi qui veut graver la préférence indigène dans la constitution cantonale. Et garantir le droit à l’emploi

Il faut battre le fer pendant qu’il est chaud, a dû se dire l’UDC genevoise. Après le vote tessinois sur la préférence cantonale, le 25 septembre, qui a crispé la Commission européenne, la section genevoise du parti vient de sortir de son chapeau un projet de loi qui va dans le même sens. «Genève d’abord» veut ancrer la préférence indigène en matière d’emploi dans la constitution cantonale.

Avec une différence colossale toutefois: son projet de loi garantit le droit à l’emploi, rien de moins. Ce qui devrait soulever des vagues d’enthousiasme à gauche. «C’est vrai, mais comme il est impossible de s’allier à droite, rien ne nous empêche de toucher la gauche», admet Thomas Bläsi, vice-président de l’UDC Genève. En convoquant l’interventionnisme de l’Etat? «Face à un libéralisme débridé, il le faut, répond-il. Car notre objectif est de lutter contre le dumping salarial.»

Interventionnisme étatique

Un discours qui n’étonne qu’à demi le député PLR au Grand Conseil Cyril Aellen: «On observe un changement des partis populistes de droite, qui passent de la défense de la nation à l’interventionnisme étatique. L’UDC vient sur le terrain du MCG et de la Lega avec un discours qui n’est pas le sien.» Et qui doit laisser le parti national pantois. Sur le fond du projet: «La priorité aux résidents en l’absence d’une régulation aux frontières est une prime à l’immigration, estime-t-il. Et si régulation il y a, elle devient sans objet. Au mieux, ce projet est inutile, au pire, imbécile.»

Qu’en pense le conseiller d’Etat Mauro Poggia, qui a introduit une préférence cantonale à l’embauche dans l’administration publique et dans les entités subventionnées? «Les constitutions cantonales doivent être approuvées par les Chambres fédérales, je doute que cette modification ne reçoive leur soutien. C’est un bon coup de gueule, mais cela risque de s’arrêter là. J’aurais préféré que l’UDC, à l’instar du MCG, décide de s’inspirer des négociations qui ont lieu sur la troisième réforme des entreprises (RIE III) pour inviter fermement les entreprises à donner la priorité aux résidents. Je préfère les petits pas concrets aux grandes déclarations sans lendemain.»

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