Elections fédérales 

Comment l'UDC a étendu sa toile 

Dimanche, le parti de la droite nationaliste a progressé surtout là ou il était déjà le plus fort, en Suisse alémanique. Il se confirme aussi dans la périphérie des agglomérations

Grande gagnante des élections fédérales, l’UDC a progressé surtout là où elle était déjà la plus forte, en Suisse alémanique. La carte du scrutin de dimanche commune par commune est éloquente à cet égard, puisqu’elle met en évidence une limite assez nette entre les régions linguistiques, souligne Pierre Dessemontet, responsable des données chez Microgis, le bureau dont provient cette étude.


Interactif. Notre carte du vote UDC


En y regardant de plus près, deux constats peuvent être tirés, poursuit le géographe, qui était lui-même candidat au Conseil national sur la liste des socialistes vaudois. Premièrement, l’UDC se confirme comme le parti de la périphérie des agglomérations, dans la métropole zurichoise notamment.

Un terreau favorable

Elle renforce son ancrage dans les zones résidentielles et périurbaines qui se sont développées dans les cantons d’Argovie, de Schaffhouse ou de Schwytz. Devenue le parti de la classe moyenne conservatrice, elle trouve un terreau particulièrement favorable là où une population qui s’est éloignée des centres se mélange avec celle de la campagne.

D’autre part, l’UDC exploite au mieux son potentiel de croissance dans des régions alémaniques qui lui échappaient. Cela concerne en particulier les petits cantons de Suisse centrale et orientale. Elle se renforce dans le canton de Schwytz, s’implante dans ceux de Nidwald et d’Uri, ainsi qu’en Appenzell Rhodes Extérieures. Dans ces cantons, qui ne totalisent pas 300 000 habitants au total, le parti blochérien gagne quatre de ses onze nouveaux sièges au Conseil national, soit près de la moitié de sa progression alémanique.

Plus que deux trous sur la carte

Ces territoires représentent une nouvelle zone de conquête, vingt ans après celle de la Suisse orientale, première zone d’expansion de l’UDC à partir de Zurich. Sur la carte de Suisse du vote UDC, il n’y a désormais plus que deux «trous", Glaris et Appenzell Rhodes Intérieures, où aucun candidat de cette formation ne se présentait.

De l’Oberland bernois au Säntis, un arc préalpin de l’UDC se dessine désormais, unissant les régions, bernoises notamment, où ce parti est dominant «depuis toujours «et celles qui sont nouvelles acquises.

Zoom sur la Suisse romande

Si l’on fait abstraction du siège gagné par le Haut-Valaisan Franz Ruppen, le seul nouveau mandat romand de l’UDC a été remporté dans le canton de Fribourg, par Pierre-André Page. Cet élu est agriculteur. Mais le vert assez soutenu (30 à 40% des suffrages) qui marque le score de l’UDC en Veveyse et dans la Glâne, où se replie une population venant de l’arc lémanique, semble se rapprocher du phénomène périurbain évoqué plus haut.

Pour le reste, la carte romande du vote UDC demeure largement paysanne. C’est le cas dans le canton de Vaud, ce que confirme du reste le profil des candidats élus ou réélus dimanche. Deux régions de l’arc jurassien, le Jura bernois et le Val de Travers, montrent plus que d’autres une propension à suivre l’UDC. Un effet «frontaliers «dans la vallée neuchâteloise? Pierre Dessemontet l’attribuerait plutôt au fait qu’Yvan Perrin a refait surface à l’occasion de la campagne électorale, en se manifestant sur les réseaux sociaux. La coloration du Jura bernois, très proche de celle du plateau alémanique, s’explique peut-être aussi par un sursaut en faveur du nouvel élu du Jura bernois, Manfred Bühler.

Hit-parade des chefs-lieux

L’échelle du vote UDC en Suisse romande va de 5% à Porrentruy (JU) à 60% dans certaines communes rurales du Jura bernois. Pour les chefs-lieux de canton, Delémont est le plus rétif à l’UDC (9,7% des suffrages), alors que ce parti fait 21% à Bonfol. On compte ensuite 13,5% de suffrages UDC à Neuchâtel (21,5% à la Chaux-de-Fonds), 14% à Fribourg (35% Châtel-St-Denis), 15,3% à Lausanne (21,7% à Yverdon), 16% en Ville de Genève (21,8% à Meyrin). Sion est la capitale cantonale la plus favorable à l’UDC, avec 18,6% (29,5% à Zermatt).

PS et PLR, partis des latins

Contrastant avec la carte du vote UDC, celles du Parti socialiste (PS) et du Parti libéral-radical (PLR) font apparaître la prépondérance de ces deux formations politiques dans les régions latines d’une part, dans les villes d’autre part. Dans la partie alémanique du pays, les villes de Berne, Zurich, Winterthour et St-Gal se distinguent comme de grosses taches rouge sombre dans un environnement beaucoup plus clair.


Résultats. La carte OFS du parti le plus fort


La carte du PLR est très parlante également, tant ce parti, autrefois dominant en Suisse, semble avoir trouvé ses derniers bastions en Suisse romande et au Tessin. Il résiste dans une moindre mesure dans la région zurichoise et en Suisse orientale, d’énormes zones vides ou presque s’étalant entre les régions sur lesquelles il règne encore.

Des éléments similaires apparaissent sur la carte par districts réalisée par l’Office fédéral de la statistique (OFS). A part quelques cas particuliers, il n’y a que les villes et leurs environs immédiats où le PS soit la formation avec le plus d’électeurs. Le POP est en tête dans les montagnes neuchâteloises, qui ont envoyé à Berne Denis de la Reussille.

Tandis que l’UDC étend sa domination sur plus grande partie du plateau suisse, le PLR se profile comme le parti des régions économiquement privilégiées. Il s’impose tout le long de l’arc lémanique, sur le Littoral neuchâtelois, la Godküste zurichoise. Il en va de même dans la région de Locarno-Bellinzone, tandis que la Lega vient en tête à Lugano et au sud du Tessin. Le règne incontesté du PDC se réduit au Haut-Valais, sa couleur ayant même été rayée de la carte (celle des districts) du canton de Fribourg.

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