Elections cantonales

L’UDC fribourgeoise reste aux portes du pouvoir

La droite triomphe. Trois PDC et un PLR sont élus au premier tour de l’élection au conseil d’Etat fribourgeois. La gauche retrouvera l’UDC pour le second tour

Journée remplie de surprises à Fribourg, lors des élections cantonales de ce dimanche. La droite place d’emblée quatre candidats pour sept sièges au conseil d’Etat. Jean-Pierre Siggen (PDC), Maurice Ropraz (PLR) et Georges Godel (PDC) sont réélus dans cet ordre. Ils sont rejoints par Olivier Curty (PDC), actuel vice-chancelier, qui succède ainsi à Beat Vonlanthen.

Un score que personne n’avait anticipé

A l’heure de la photo de groupe, le sourire est de mise: personne n’avait misé sur un tel score de l’entente de droite et de ce tir groupé du PDC et du PLR. Sauf qu’il manque une personne. L’UDC Stéphane Peiry n’a pas obtenu la majorité et repartira probablement seul en campagne pour le second tour, prévu le 27 novembre. Face à lui, la gauche va ferrailler pour conserver ses trois sièges. Le conseiller national socialiste Jean-François Steiert arrive en tête de liste devant les deux sortantes, la Verte Marie Garnier et la socialiste Anne-Claude Demierre.

La partie sera difficile pour Stéphane Peiry, qui ne pourra pas compter sur la même mobilisation dans trois semaines. L’UDC sera-t-elle finalement la grande perdante de l’alliance avec le PDC et le PLR? La convention entre les trois partis a été conclue en 2013 après bien des rebondissements. A l’époque, il s’agissait pour le PDC de conserver le siège laissé vacant au conseil d’Etat par Isabelle Chassot, nommée directrice de l’Office fédéral de la culture. PLR et UDC ont renoncé à se lancer dans la course et se sont rangés derrière le candidat PDC Jean-Pierre Siggen en échange de la création d’une alliance pour les cantonales de 2016. L’UDC surtout avait tout à y gagner: retrouver un siège au Gouvernement après vingt ans d’absence.

Un profil soluble

C’est loin d’être fait. Les résultats de ce dimanche montrent un canton bien ancré à droite, mais est-il pour autant prêt à faire grimper l’UDC dans un exécutif? Stéphane Peiry a pourtant montré un profil soluble dans un gouvernement. Et son parti a mis de côté ses thèmes de prédilection pour se concentrer sur les questions économiques. Expert-comptable, patron d’une fiduciaire, le porteur de tous les espoirs a cependant échoué à se faire adopter du premier coup par les électeurs PLR et PDC. Le conseiller national UDC Pierre-André Page regarde tomber les résultats la mine sombre: «C’est clair, le PDC qui a tergiversé à conclure cette alliance, n’a pas joué le jeu jusqu’au bout. Son électorat a biffé notre candidat», analyse-t-il, pressentant un second tour très difficile pour son parti.

Roland Mesot, président de l’UDC fribourgeoise, l’avoue: «la configuration n’est pas optimale. Mais elle n’est pas optimale non plus pour les candidats de la gauche. L’UDC n’a rien à perdre dans ce second tour. La gauche par contre risque de perdre un siège et va s’entre-déchirer». C’est ce qu’il espère. Stéphane Peiry préfère pour sa part appliquer la méthode Coué: «j’étais certain que les sortants feraient un bon score», commente-t-il, mettant en évidence son propre résultat: 33’000 voix, c’est 13’000 de plus que Pierre-André Page en 2011, lorsqu’il était candidat pour le Conseil d’Etat mais sans l’appui de l’entente. «Je ne suis pas encore le grand perdant de la droite», déclare-t-il.

«Nous serons loyaux»

André Schönenweid, président du PDC cantonal, assure que ses troupes joueront le jeu jusqu’au bout: «Nous serons mobilisés le 27 novembre aussi. Nous avons ce jour-là des préfectures à défendre», rappelle-t-il. Et le conseiller national PDC Dominique de Buman de mentionner que les citoyens se déplaceront également pour la votation fédérale sur la sortie du nucléaire. «Stéphane Peiry est le candidat d’une alliance acceptée par mon parti et pour moi, la loyauté est un élément d’une campagne politique», déclare-t-il.

Président du PLR cantonal, Didier Castella veut aussi y croire jusqu’au bout. «L’alliance avait pour objectif d’occuper cinq sièges sur sept au gouvernement, rappelle-t-il. L’UDC n’y est pas encore mais d’élections en élections, elle s’en rapproche et les électeurs ont de moins en moins de réticences à ce qu’elle soit représentée dans un exécutif».

Pour la gauche, tout reste à faire

Dimanche, l’ambiance était contrastée au sein de la gauche. Chef du groupe socialiste au Grand Conseil, Pierre Mauron est certain que le statu quo va l’emporter et que l’UDC ne franchira pas le seuil de l’Exécutif. «Le peuple ne s’est pas laissé prendre en otage par cette arrogance de la droite. Il ne se laissera pas dicter sa conduite le 27 novembre non plus», estime-t-il. Mais pour la gauche, tout reste à faire. Et la Verte Marie Garnier est amère. Car elle constate qu’il n’y a aucune femme dans les sept premiers candidats. L’actuelle présidente du conseil d’Etat est huitième, devant la socialiste Anne-Claude Demierre.


Les élections créent la bonne humeur

Les Fribourgeois sont un peu à l’image de la fondue qu’ils vénèrent. Ils créent la bonne humeur. La recette est simple: il suffit de contenter tout le monde. Ou presque.

Au Conseil d’Etat, la droite en costume cravate triomphe. Le PDC, parti historique du canton, place ses trois candidats au premier tour. Le PLR conserve aussi sa place. Une chose est sûre: le Gouvernement restera à droite. Avec quatre ou cinq représentants pour sept fauteuils? Avec ou sans l’UDC? Réponse le 27 novembre, lors du second tour.

La droite aussi majoritaire au Parlement

Le Parlement demeure également bien ancré à droite. Avec des perdants et des gagnants. Le PLR compte quatre élus supplémentaires. Le PDC par contre ne confirme pas les bons résultats de ses conseillers d’Etat. Il boit la tasse et perd quatre sièges. La gauche tire son épingle du jeu. Malgré la perte d’un siège, le PS devient le premier parti du législatif cantonal. Autre surprise de la journée, les Verts passent de trois à six députés, un résultat qui mettra du baume sur le cœur d’un parti en perte de vitesse sur le plan fédéral.

Tous à l’apéro? Pas vraiment. L’UDC, qui a l’habitude de saluer les résultats en levant les bras au ciel, est stable au Parlement. Et son candidat Stéphane Peiry va probablement connaître quelques grands moments de solitude avant le second tour. Pour lui, la fondue pourrait très mal tourner. De même que pour l’alliance de droite, dont on pourra faire le bilan dans trois semaines. Car le «coup du milieu», c’est aussi une spécialité fribourgeoise.

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