La bataille des Etats s'annonce palpitante. Avec Jean-Blaise Defago, l'UDC fribourgeoise lance dans la course un candidat d'envergure. L'ancien secrétaire général du parti suisse entre 1999 et 2001 rebondit donc à Fribourg. Il avait alors quitté sa fonction politique pour entrer dans une entreprise de communication. Son profil de modéré – en faveur de l'entrée dans l'Union européenne, contre les dérives populistes de son parti – n'avait pas eu longtemps la cote auprès des proches de la section zurichoise du parti de Christoph Blocher. Ce Valaisan d'origine, aujourd'hui établi depuis près de vingt ans dans le canton de Fribourg, avait démissionné après deux ans passés au secrétariat.

A 41 ans, Jean-Blaise Defago est le cinquième candidat déclaré dans la course au Conseil des Etats. Urs Schwaller (PDC), Jean-Claude Cornu (PRD), Alain Berset (PS) et Louis-Marc Perroud (PS) seront ses adversaires, si la section cantonale entérine en août cette candidature. Reste que l'entrée en lice de Jean-Blaise Defago bouleverse les prévisions sur l'issue du scrutin aux Etats. Alors que l'entente bourgeoise s'apprêtait à un automne plutôt tranquille malgré la présence des deux socialistes, son entrée dans la bataille pourrait contraindre à un second tour (Le Temps d'hier). Si le conseiller d'Etat Urs Schwaller n'a que peu de souci à se faire, il n'en ira pas de même pour son colistier Jean-Claude Cornu. Tant le radical que le démocrate du centre chassent en effet souvent sur les mêmes terres; ils opèrent particulièrement à droite sur l'échiquier politique. Jean-Blaise Defago appartient plutôt à la sensibilité bernoise de l'UDC. Certes. Il ne s'en tient pas moins à la ligne fixée par le parti suisse et défend ses thèses en vogue.

Avantage

Davantage connu dans le canton de Fribourg, Jean-Claude Cornu a encore un net avantage sur cet adversaire surprise. Une sensibilité provinciale et un ancrage fort dans le district de la Glâne lui donnent une appréciable longueur d'avance. Homme d'appareil, plutôt proche des milieux d'affaires zurichois que de Fribourg, Jean-Blaise Defago a trois mois pour convaincre. Il devra encore faire oublier la désillusion de la Constituante. En mars 2000, alors qu'il occupait ses fonctions au sein de la machine UDC et bénéficiait d'une visibilité nationale, le candidat avait été renvoyé à ses études par les Fribourgeois de Sarine campagne. L'UDC n'obtenait pas le quorum dans ce cercle électoral et Jean-Blaise Defago terminait 4e de sa liste. Ce manque de présence sur la scène politique locale sera difficile à combler.

Mais le duel Cornu/Defago pourrait bien faire le jeu de la gauche. En grappillant une partie de l'électorat de droite, Jean-Blaise Defago pourrait contraindre le sortant radical à un second tour périlleux. Une triangulaire entre le PS, l'UDC et le PRD ne serait de loin pas jouée d'avance. De forces égales sur le plan cantonal, radicaux et socialistes seraient alors au coude-à-coude. Dans le rôle de l'arbitre: Jean-Blaise Defago. Et le souvenir de 1995 doit encore hanter les esprits des stratèges radicaux. Alors que le sortant Anton Cottier avait été élu au premier tour, la radicale Monique Pichonnaz avait été coiffée sur le fil par le socialiste Pierre Aeby, l'électorat PDC s'étant massivement désintéressé de la joute. Avec son profil typé très à droite, Jean-Claude Cornu ne pourra pas trop compter sur les voix du centre, voire du centre droit, pour s'extirper en vainqueur d'un éventuel second tour. Dans ce cas de figure, l'avantage serait indéniablement à la gauche, qui pourrait alors reconquérir le siège perdu en 1999.