Jamais aucun parti n’avait réalisé un tel score depuis 1919 et l’introduction du scrutin proportionnel: avec 29,4% des voix, l’UDC s’est révélée la grande gagnante des élections fédérales de 2015. Qu’est-ce qui a poussé les électeurs à accorder leur confiance à des candidats démocrates du centre? L’étude Selects réalisée sous l’égide de la Fondation suisse pour la recherche en sciences sociales (FORS), publiée lundi matin, livre son analyse.

Premièrement, l’UDC a un électorat extrêmement fidèle: 93% des citoyens qui l’avaient choisi en 2011 ont aussi voté pour elle l’automne dernier. Le parti a aussi drainé 38% des voix des électeurs qui n’avaient pas voté en 2011, mais se sont rendus aux urnes en 2015. En revanche, elle n’a pas attiré de sympathie particulière parmi les nouveaux électeurs. Les Suisses ayant atteint leur majorité entre 2012 et 2015 ont réparti leurs suffrages de manière similaire à la moyenne des votants.

L’UDC aussi profité du fait que la thématique de l’asile, des réfugiés et de la migration était citée par 44% des électeurs comme le problème le plus important de la Suisse en 2015. Or les citoyens qui classaient ce domaine comme souci numéro un du pays jugeaient par la suite dans leur majorité l’UDC comme le parti le plus compétent pour le résoudre.

Le PLR élargit sa base

Derrière l’UDC, le PLR fait aussi partie des vainqueurs des élections fédérales de 2015. Considéré comme le plus compétent en politique économique et européenne, le Parti libéral-radical a considérablement élargi sa base d’électeurs potentiels l’automne dernier, souligne l’étude Selects. Par rapport à 2011, il a réussi à subtiliser des voix à l’UDC, au Parti vert’libéral et au Parti socialiste.

Au centre, un constat: les nouveaux venus, Parti bourgeois démocratique et Parti vert’libéral, après une entrée tonitruante dans la politique suisse, ont vécu un dur retour à la réalité l’an dernier. Leur électorat est instable. Les citoyens n’associent pas ces formations à des thèmes précis ou des solutions correspondantes.

Quant au PDC, il dispose d’un électorat très stable, mais très traditionnel. Il ne parvient guère à chiper des voix à d’autres partis. On vote en famille pour le Parti démocrate-chrétien: 73% des électeurs PDC l’an dernier indiquaient que leur père votait déjà pour ce parti. Il s’agit du meilleur score du vote par tradition, tous partis confondus.

Potentiel de croissance limité à gauche

A gauche, le Parti socialiste est resté stable dans l’ensemble, il a même gagné des sièges au Conseil des Etats, tandis que les Verts ont reculé. Le problème des partis de gauche? L’électorat suisse s’est polarisé depuis 1995. Les voix passant du bloc de droite au bloc de gauche apparaissent de moins en moins nombreuses. La capacité d’influencer les votants au centre se réduit. «Le manque d’électeurs de gauche limite leur potentiel de croissance», indiquent les chercheurs de Selects.

Cela signifie que les candidats au Conseil national ont dépensé en moyenne près de 5,50 francs par personne ayant le droit de vote.

L’étude Selects a également interrogé les dessous financiers de la campagne de 2015. 45% des candidats aux élections ont répondu à l'enquête. Leurs dépenses personnelles pour leur campagne, indiquées de manière volontaire et non vérifiées, se montent à 29 millions de francs: 7 millions pour le PLR, 5,7 millions au PDC, 5,2 millions à l’UDC, 3,3 millions au PS, 2,1 millions pour les candidats écologistes, 1,3 million au Parti vert’libéral et 1 million au PDC.

Les candidats au Conseil national ont dépensé en moyenne près de 5.50 francs par personne ayant le droit de vote. En Allemagne, en 2013, on a évalué la dépense à 2 euros par personne ayant le droit de vote. De quelle manière ces dépenses ont-elles pu influencer le scrutin? «Il n'est pas possible de faire de lien direct entre les dépenses et le choix des électeurs», relève Georg Lutz, chef du projet Selects. Question de méthodologie, d'autant plus que les sommes investies varient fortement d'un candidat à l'autre. «Les candidats qui savent qu'ils ont peu de chances d'être élus au départ vont dépenser moins d'argent. Cela biaise les résultats», souligne Pascal Sciarini.