«Si être populiste signifie dire la vérité au peuple, nous revendiquons ce titre.» Président du Mouvement citoyens genevois (MCG), Georges Letellier ne veut pas entendre parler de politiquement correct. Député dissident de l'UDC, il a quitté ce parti «qui n'avait pas le courage de lutter contre le système» pour créer, le 6 juin, son propre mouvement. «Ni gauche ni droite», dit le slogan. «Mais extrême droite», rétorquent certains partis.

«Le citoyen n'est pas une vache à traire»

Pour lancer sa campagne en vue des élections cantonales du 9 octobre, le MCG a convoqué la presse vendredi, sur une terrasse garnie d'affiches. Les messages? «Assez! Genève: plus d'une amende par minute. Le citoyen n'est pas une vache à traire.» Ou encore: «Pour une Genève sans violence! Rétablir une police respectée, responsable et efficace face à la criminalité banalisée.» Dans le collimateur du MCG, il y a aussi les partis radical, socialiste, libéral et démocrate-chrétien, «responsables des 3 milliards de francs envolés de la Banque cantonale de Genève».

Le mouvement présente 22 candidats au Grand Conseil, dont certains sont connus: Eric Stauffer, ancien conseiller municipal et vice-président du MCG, Henri Rappaz, ancien président de l'UDC genevoise, et Théodore Jovanovitch, ancien UDC qui, selon le député UDC Gilbert Catelain, «a été exclu car il devenait incontrôlable».

Des fonctionnaires proches de la police sont aussi candidats: Roger Golay, membre de la Fédération suisse des fonctionnaires de police; Thierry Cerutti, syndicaliste; et Fabrizio Tanzi, sous-brigadier des agents municipaux de Carouge. Cette «politisation des syndicats de police» interpelle le libéral Olivier Jornot: «Ils n'ont jamais digéré les propositions de l'UDC dans le cadre de la loi sur la police. Aujourd'hui, ils s'en détournent.»

Les candidats avancent d'autres motivations. Pour le sous-brigadier Fabrizio Tanzi, «il faut réinstaurer une justice crédible et redonner la priorité à la police. Les gens veulent voir des uniformes pour être rassurés.» Son colistier Thierry Cerruti, qui affirme avoir «une sensibilité de gauche», s'est engagé car il en avait «assez de ce Grand conseil sclérosé, qui n'avance que dans le sens de la majorité».

Pour l'heure, le programme du mouvement demeure mystérieux. «Nous présenterons nos solutions le 26 août. Soit les autres partis acceptent, soit le peuple tranchera par voie d'initiative, affirme Georges Letellier. Il faut que les incompétents démissionnent.» En attendant, le MCG exige «la mise sous tutelle du gouvernement».

«Un discours fascisant»

Pour l'UDC genevoise, c'est un coup dur. Gilbert Catelain ne le cache pas: «Ce mouvement représente une concurrence sur notre droite, qui va nous faire perdre quelques pour-cents. On risque de stagner au niveau de notre députation. Au cours de la campagne, l'UDC et le MCG dénonceront les mêmes choses. Mais Georges Letellier a plus de moyens financiers.»

Selon le radical François Longchamp, «avec son discours fascisant classique», le MCG «piquera 99% de ses voix à l'UDC». Même appréciation du PDC Patrick Schmied: «C'est l'extrême de l'extrême, qui nuira surtout à l'UDC.» Mais pour Olivier Jornot, le mouvement ratissera aussi des voix à l'extrême gauche: «En affirmant qu'ils vont faire éclater le système, ils attireront des fanatiques de tous bords. A ce stade, il n'y a plus de gauche ni de droite.»