Genève

L’UDC genevoise se branche sur courant vert

La formation de droite dépose un projet de loi pour une dépense faramineuse en vue de remplacer d’ici à 2024 les bus diesel des TPG par des modèles électriques

L’UDC genevoise s’est laissé asperger par la vague verte qui gagne la politique suisse. Le parti de la droite dure a déposé au Grand Conseil un projet de loi ambitieux qui touche deux domaines dans lesquels la formation ne s’était jusqu’alors pas distinguée: la protection de l’environnement et la dépense publique.

«Il y a beaucoup d’agitation autour du climat, dans le sens positif. Certains font la grève, nous agissons», a lancé Céline Amaudruz, conseillère nationale et membre du conseil d’administration des TPG venue en appui des élus cantonaux. A la suite des récentes défaites concédées en Suisse alémanique, les dirigeants du parti national avaient pourtant considéré les bons résultats des Verts et des Vert’libéraux comme un effet de mode qui sera retombé lorsque les élections fédérales arriveront.

Le texte genevois demande l’ouverture d’un crédit de subvention cantonale d’investissement de 278,4 millions de francs. La somme doit permettre aux Transports publics genevois (TPG) de transformer leur flotte diesel (232 autobus, 53% du total) en bus électriques d’ici à 2024. Le modèle de référence est TOSA (1,2 million de francs l’unité), ce bijou de technologie développé à Genève, 100% électrique, qui se recharge aux arrêts, actuellement en service sur la ligne 23. L’UDC se dit cependant ouverte à d’autres solutions et souligne que la revente du matériel roulant ainsi que le nombre de commandes passées au futur fournisseur seront de nature à faire baisser le prix final.

Objectif 2030

Les TPG font savoir qu’ils ont pour principe de ne pas prendre part au débat politique. Ils rappellent cependant que leur conseil d’administration a validé en octobre 2018 un plan stratégique qui fixe notamment comme objectif une transition vers un parc de véhicules 100% électrique à l’horizon 2030. Enfin, un postulat de la Commission des transports du Conseil national demande au Conseil fédéral d’examiner la possibilité de soutenir financièrement le passage des bus diesel à l’électrique. Comme membre de l’Union des transports publics, les TPG soutiennent ce postulat.

«2030 est une échéance trop lointaine. Il faut agir maintenant pour faire baisser les émissions de particules fines.» Le cri d’alarme est lancé par Stéphane Florey, député UDC et chauffeur TPG de métier. Pour lui, la date de 2024 pourra être tenue par le futur fournisseur.

«Il faut distinguer projets et causes»

Alors que l’UDC genevoise s’est battue contre des textes visant à favoriser les transports publics (singulièrement le CEVA) ou le vélo, la voici qui en présente un à son tour. Profite-t-elle des mobilisations pour le climat pour verdir son image? «Nous ne pouvions pas soutenir le projet sur les pistes cyclables qui fixait un délai intenable de huit ans pour leur construction», répond Stéphane Florey.

«Il faut distinguer les projets et les causes, renchérit Céline Amaudruz. Le projet de loi sur le CO2 n’était qu’un ajout de taxes. Nous proposons une mesure concrète au bénéfice de tous les Genevois, qui doit permettre à l’Etat de donner enfin l’exemple. Les autorités imposent aux propriétaires de remplacer les fenêtres de leurs biens mais ne mettent pas leur propre parc immobilier aux normes. Ce texte ravira certainement les autres partis. Si la gauche soutenait comme moi le durcissement des peines de prison, j’en serais très heureuse.» L’élue ajoute qu’elle juge cette proposition compatible avec le soutien à la construction d’une Traversée du lac.

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«Je suis content que l’UDC fasse cette proposition»

Dans les réactions partisanes, il est en effet permis de déceler de la satisfaction, une fois l’étonnement passé. «C’est une très bonne idée. Je suis content que l’UDC fasse cette proposition, affirme par exemple Mathias Buschbeck, député Les Verts, membre de la Commission des transports. Ce parti s’est régulièrement signalé comme celui qui veut faire profiter les pollueurs le plus longtemps possible. C’est un bon signal si le climat fait désormais partie de ses priorités.»

Pour Rolin Wavre, élu PLR et membre de la même commission spécialisée, «le processus de remplacement des bus diesel par des modèles électriques est une bonne chose». «Surtout si l’énergie est produite de manière propre», souligne le député, qui ajoute deux bémols: ce projet est-il en ligne avec le plan d’investissement des TPG, qui inclut le passage à l’électrique? Enfin, «en période préélectorale, ne nous étonnons pas que des coups de pinceau se donnent». Pour rappel, le PLR s’est lancé cet hiver dans un processus de consultation de sa base pour connaître leur sensibilité aux idées compatibles avec la protection de l’environnement.

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