Accueillir ou payer. C’est, ainsi résumé, le choix que l’UDC genevoise voudrait offrir aux communes désignées pour héberger des centres d’accueil pour requérants d’asile sur leur territoire. Le parti estime qu’il «conviendrait» que les riverains puissent «dire un mot» à propos de l’implantation de telles structures qui «modifient durablement le visage de leur commune».

A ce dessein, le parti a déposé trois projets de loi au Grand Conseil, lesquels soumettent toute autorisation de construire déposée par le canton au verdict des électeurs concernés. En cas de refus, les communes se verraient contraintes de verser – à titre de solidarité intercommunale – une indemnité financière dont le montant est fixé par le Conseil d’Etat. Auteur des projets de loi, le député Patrick Lussi concède s’être inspiré de la législation argovienne, où l’exécutif cantonal a fixé le montant de l’exemption à 110 francs par jour et par personne.

«L’Etat se moque de l’avis du voisinage»

Pour rendre compte de la genèse de sa démarche, l’élu rappelle le cas de la commune genevoise de Thônex où pétitions de la population, résolution du Conseil municipal et préavis négatif du Conseil administratif n’ont pas suffi à faire plier le canton. Ce dernier, via l’Hospice général, prévoit d’installer des logements modulaires à Belle-Idée pour 380 places d’accueil sur une parcelle lui appartenant.

«Lors de la campagne sur la révision de la loi sur l’asile, la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga avait déclaré qu’il n’y avait aucun intérêt à aller contre une décision cantonale ou communale. Nos craintes étaient donc fondées, puisque l’Etat se moque de l’avis du voisinage.»

Le «vrai» réfugié

Côte à côte, le député Patrick Lussi et la conseillère nationale Céline Amaudruz répètent en chœur qu’ils ne s’opposent pas à un accueil des requérants d’asile, mais qu’ils veulent privilégier «les vrais migrants». «C’est-à-dire ceux qui sont réfugiés au sens de la loi», répond la vice-présidente de l’UDC Suisse. Mais encore? «Pas les victimes autoproclamées du conflit syrien» qui «sont en réalité des hommes célibataires d’Afghanistan, d’Irak et d’Erythrée qui viennent chez nous pour des raisons économiques», peut-on lire dans l’exposé des motifs du projet de loi. Ni même ceux qui menaceraient «la sécurité des habitants de nos communes, en particulier des femmes et des enfants», ni ceux dont la «richesse culturelle s’est traduite par des agressions de masse, sauvages et planifiés à l’encontre de jeunes femmes».

Et si aucune commune n’était prête à héberger un centre d’accueil? «Les structures actuelles sont suffisantes», juge Céline Amaudruz. Est-ce à dire que l’Etat veut des nouveaux centres pour le seul plaisir de construire? «Si la Confédération distinguait mieux les vrais réfugiés, nous n’en serions pas là», rétorque l’ancienne présidente de l’UDC genevoise, qui n’exclut pas de lancer une initiative cantonale si les projets de loi UDC venaient à ne pas aboutir devant le parlement.