Dans deux semaines, l'UDC grisonne et Eveline Widmer-Schlumpf seront, selon toute vraisemblance, rayées des listes du parti suisse. Comme on pouvait s'y attendre, la section des Grisons et sa conseillère fédérale n'ont pas obtenu gain de cause samedi lors de la réunion du comité central. A une large majorité de 84 voix contre 13, les délégués ont décidé à Zurich d'ouvrir la procédure d'exclusion à l'encontre de son antenne grisonne.

Le calendrier de la procédure est maintenant clair. Le 1er juin, le comité central se réunira à nouveau pour, cette fois, prendre une décision finale dans «l'affaire Widmer-Schlumpf», après avoir entendu les représentants de la section grisonne. Si le couperet tombe, la section cantonale aura 30 jours pour déposer un recours que l'Assemblée des délégués aurait à considérer le 5 juillet. Par conséquent, le dossier sera clos au plus tard dans sept semaines.

Dernière chance

Le président de l'UDC suisse, Toni Brunner, a indiqué que «le processus ne pouvait plus être stoppé». Néanmoins, il laisse encore une porte ouverte à Eveline Widmer-Schlumpf pour qu'elle se retire du parti de son propre gré. «Dans ce cas, nous reconsidérerions la situation», a-t-il expliqué. Cette solution, semble-t-il, satisferait autant l'aile dure que l'aile modérée de l'Union démocratique du centre. Son vice-président, le Neuchâtelois Yvan Perrin, reconnaît que «parmi les délégués alignés sur la ligne du parti, une frange préférerait voir la Grisonne démissionner d'elle-même plutôt que de devoir procéder à une exclusion de toute une section cantonale».

«Il faut s'attendre à de nombreuses pressions dans les deux semaines à venir», prévient-il. Mais il ajoute que «d'autres délégués voient dans cette affaire l'opportunité de créer enfin un parti grison en phase avec la ligne suisse et souhaitent donc mener la procédure à son terme».

Les modérés doutent

Du côté des UDC modérés, ceux-là même qui ont imaginé «l'opération Bubenberg» de création d'un parti dissident, un doute semble s'être installé. Le conseiller national bernois Hans Grunder, par exemple, prétendait encore la semaine passée que le soutien de la section de Glaris, ainsi que les résultats serrés dans le canton de Berne et Vaud le confortaient dans sa volonté de prendre des mesures concrètes en cas d'exclusion.

Or, selon Sonntag, le Bernois, injoignable dimanche, aurait tenté la semaine dernière de convaincre Eveline Widmer-Schlumpf de se retirer du parti. Selon Yvan Perrin, «Hans Grunder pensait que ses menaces suffiraient à retenir les délégués mais il s'est trompé. Il se trouve maintenant dans une situation désagréable et veut éviter de devoir aller jusqu'au bout.»

Le journal grison Südostschweiz fait aussi état d'autres contacts en coulisses entre des démocrates du centre bernois et leurs collègues grisons pour tenter de les inciter à faire pression sur la conseillère fédérale. Pour l'heure, à l'image de la conseillère d'Etat Barbara Janom, les UDC grisons restent décidés. Ils ont refusé de faire pression, relevant que «la section a très clairement apporté son soutien à Eveline Widmer-Schlumpf». Un argument derrière lequel semble aussi se ranger la conseillère fédérale pour éviter de devoir démissionner.

Mais l'étau autour de la conseillère fédérale grisonne se resserre lentement. Ce dimanche, le président du Conseil des Etats, l'UDC grison Christoffel Brändli, a suggéré dans l'hebdomadaire Sonntag que Samuel Schmid et Eveline Widmer-Schlumpf pourraient donner un signal en se retirant provisoirement du parti.