Migration

L'UDC impose un nouveau vote sur l'asile

La question de l’expropriation de particuliers pour faire place à des centres pour requérants va agiter la campagne de votation

Non aux avocats gratuits et aux expropriations! Ce sont les deux principaux points de la nouvelle loi sur l’asile que l’UDC attaque de front. Le parti a déposé jeudi son référendum muni de 65 376 signatures, dans un contexte tendu. Jamais depuis 2000 le nombre de demandeurs d’asile n’a été aussi élevé, frisant les 40 000. Et les événements de Cologne, avec des dizaines de plaintes de femmes victimes d’attouchements sexuels dont une partie serait le fait de requérants d’asile, crispent le climat autour des migrants.

La réforme de l’asile, lancée par la ministre socialiste Simonetta Sommaruga, a pour objectif premier d’accélérer les procédures, donc de permettre aussi des renvois plus rapides. Ce qui devrait plaire à l’UDC. Grand changement, plus de 60% des dossiers devraient être traités en moins de 100 jours dans des centres gérés par la Confédération, 140 pour les «cas Dublin» susceptibles d’être renvoyés vers le premier pays européen dans lequel ils sont arrivés. C’est justement la contrepartie de ce coup d’accélérateur que fustige l’UDC: le fait, pour garantir un traitement équitable des dossiers, de prévoir une assistance juridique gratuite pour les requérants. Pour l’UDC, cela ne fera qu’augmenter le nombre de recours. Et prolongera donc le traitement des dossiers. La conseillère nationale genevoise Céline Amaudruz a brandi cet argument jeudi devant la presse, en donnant l’exemple des Pays-Bas. Vraiment? Le Secrétariat d’État aux migrations (SEM) affirme le contraire. L’expérience pilote dans le centre test de Zürich indique qu’avec la nouvelle réforme le nombre de recours a baissé. Le centre test de Zürich? Un décor de carton-pâte, a attaqué le Zurichois Roger Köppel.

«But d’intérêt public»

La question de l’expropriation de propriétaires immobiliers privés pour loger des requérants est plus sensible et va très certainement agiter la campagne de votation. La nouvelle loi prévoit que la Confédération puisse, en cas d’urgence, affecter ses immeubles au logement des requérants sans demander auparavant l’autorisation des cantons et des communes concernés. Mais aussi d’exproprier «au besoin» (art. 95b) des propriétaires immobiliers pour réaliser des centres fédéraux d’accueil de demandeurs d’asile. Une question qui fâche. Selon la loi sur l’expropriation, ce n’est possible que dans un «but d’intérêt public». Berne considère donc que l’accueil des migrants en est un, le parti souhaite connaître l’avis de la population sur la question!, a insisté Céline Amaudruz.

Le président de l’UDC n’a pas mâché ses mots. Pour Toni Brunner, la réforme ne fera en fait «qu’accentuer les abus au droit d’asile et l’attractivité de la Suisse». Elle n’empoigne aucun des vrais problèmes, que ce soit le combat contre les passeurs, le statut de l’admission provisoire, les sanctions contre les personnes récalcitrantes, le renvoi conséquent des déboutés ou la limitation de l’aide d’urgence, a-t-il affirmé. Des arguments qui n’ont pas su convaincre au Parlement: les autres partis ont tous soutenu le projet du Conseil fédéral.

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