«Avec l’affaire Zuppiger, l’UDC est un animal blessé. Cela la rend encore plus dangereuse pour ses adversaires.» Le cri du cœur d’un délégué du parti lors de l’assemblée de Chamblon, samedi, résume l’état d’esprit de la base du parti. Déçus, voire franchement fâchés par les événements de la semaine dernière (lire ci-dessous), les membres de l’UDC veulent malgré tout croire au gain d’un deuxième siège ce mercredi lors de l’élection au Conseil fédéral. Dans cet esprit, les 300 délégués ont accepté à l’unanimité un manifeste qui demande au parlement de rétablir la concordance avec deux sièges pour les trois principaux partis du pays.

Les cadres de l’UDC ont reconnu en ordre dispersé que l’objectif claironné depuis le 23 octobre – à savoir récupérer le siège d’Eveline Widmer-Schlumpf – sera très difficile à atteindre. Mais pas impossible. Invité de dernière minute dans la course au Conseil fédéral, le paysan Hansjörg Walter pourrait séduire les parlementaires actifs dans le domaine de l’agriculture, notamment au PDC. Comme Thurgovien, il devrait inciter les représentants de la Suisse orientale à voter pour lui. Cela pourrait entraîner un transfert d’une dizaine de voix.

L’effort devrait s’avérer insuffisant: s’il vote compact, le bloc UDC-PLR pèse 102 voix. Il devra trouver 21 voix à gauche et au centre pour obtenir la majorité absolue devant l’Assemblée fédérale (123 voix sur 245: le 246e élu, le conseiller aux Etats Peter Föhn (UDC/SZ), manquera le scrutin du 14 décembre, son élection n’ayant pas encore été validée).

Si la tentative d’éjecter la ministre grisonne échoue, l’UDC devrait logiquement attaquer les autres sièges. En particulier le plus vacillant, occupé par le PLR Johann Schneider-Ammann. Face aux délégués du parti, le président du parti Toni Brunner et son éminence grise Christoph Blocher ont rejeté cette possibilité, évoquant leur volonté de «respecter la concordance». Ils ont exclu de répondre à l’ultimatum du PS, qui demande à l’UDC de dire d’ici à mardi si elle souhaite attaquer le PLR – et d’obtenir ainsi son soutien pour récupérer son deuxième siège. «L’objectif des socialistes est clair: ils veulent que ce soit l’UDC qui casse la concordance», a martelé le second.

Ces précautions tactiques ne ferment pas la porte à une attaque contre le PLR.

Au contraire. Dimanche, dans la SonntagsZeitung, le conseiller national Peter Spühler indiquait que si Eveline Widmer-Schlumpf devait être élue avec des voix libérales-radicales, la concordance serait rompue. «A mon avis, l’UDC devait alors viser les sièges du PLR.»

Une analyse partagée par le vice-président romand du parti, Yvan Perrin: «Si une seule voix manque, les derniers d’entre nous qui ont des scrupules n’en auront plus.» Et de citer Fabio Abate, Raphaël Comte et Fathi Derder, trois parlementaires PLR qui, selon lui, peineront à voter avec l’UDC contre la représentante du PBD.

Le vote des 41 membres du groupe PLR sera donc scruté à la loupe. Christoph Blocher met également la pression sur le PDC, le PS et les Verts qui avaient largement soutenu Hansjörg Walter en décembre 2008. Alors qu’il n’était pas le candidat officiel du parti, le Thurgovien avait manqué d’une voix – la sienne – une élection inattendue au Conseil fédéral. «A l’époque, la gauche et le centre ont voté pour lui. S’ils ne le font pas à nouveau, c’est qu’ils ne veulent pas de l’UDC au gouvernement.»

Si elle ne récupère pas son deuxième siège, l’UDC «examinera sérieusement» la possibilité de quitter le Conseil fédéral. Le groupe des députés prendra position sur la question le 21 janvier. L’assemblée générale du parti tranchera le 28 janvier à Berg (TG).

Dans ce cas de figure, Yvan Perrin soutiendra le passage dans l’opposition: «Je préfère être en dehors plutôt que devoir avaler des couleuvres comme on a dû le faire avec le Gripen.» Le Neuchâtelois estime que ce point de vue est majoritaire au sein de la présidence: «C’est une tendance forte.»