Roger Köppel, Gregor Rutz, Hans-Ueli Vogt, Hans Egloff, Barbara Steinemann, Claudio Zanetti ont tous fait des études supérieures, cinq d’entre eux en droit. Et Thomas Matter a suivi une formation bancaire aux Etats-Unis avant de fonder sa propre banque. Ils incarnent la relève de l’UDC zurichoise. Exeunt ces paysans, petits patrons et vieux dinosaures qu’étaient Max Binder, Toni Bortoluzzi, Hans Fehr, Ernst Schibli. Des universitaires les remplacent.Ils ne sont pas les seuls. D’autres élus UDC au bénéfice d’une formation supérieure débarquent à Berne, comme les Valaisans Jean-Luc Addor et Franz Ruppen, le Bernois Manfred Bühler, l’Uranais Beat Arnold, le Tessinois Marco Chiesa.

Si l’on examine l’ensemble du nouveau groupe parlementaire UDC, composé de 74 membres – 63 durant la précédente législature –, on observe que le pourcentage d’universitaires est en légère progression. Il s’établit à près de 42% (31 sur 74) contre un peu plus de 41% durant la période précédente (26 sur 63). Ce n’est pas spectaculaire. Mais ça l’est si l’on remonte un peu plus loin dans le temps.

Chercheur à l’Université de Lausanne, le politologue Andrea Pilotti s’est penché sur la question de la formation des parlementaires. C’est un élément de sa thèse de doctorat publiée en 2012 et il prépare une nouvelle publication pour l’année prochaine*. Il a analysé l’évolution du niveau de formation des membres du parlement de 1910 à 2010.

Lire l'interview d'Andrea Pilotti:  «L'ancienne UDC était mieux ancrée dans les milieux académiques» 

Déclin de la domination radicale

A l’époque du Parti des paysans, artisans et bourgeois (PAB), précurseur de l’actuelle UDC, le nombre d’universitaires était supérieur à ce qu’il deviendra par la suite. De 38,5% en 1957, il est passé à 60,7% en 1980 avant de chuter à 33,3% en 2000. Il a ensuite amorcé une lente remontée. En 2010, 34,4% des membres du groupe UDC avaient une formation de niveau supérieur.

Dans le cadre de l’ouvrage qu’il prépare, Andrea Pilotti intégrera les données des élections fédérales d’octobre 2015. Les chiffres recensés par Le Temps confirment le redressement constaté depuis 2010: l’UDC est en train de se réimplanter dans les couches sociales ayant suivi une formation supérieure.

Les travaux menés à l’Université de Lausanne montrent une évolution générale en trois phases. Dans un premier temps, le nombre d’universitaires diminue entre 1910 et 1957, passant de 70 à 52%, tous partis confondus. Ce déclin accompagne la fin de la domination radicale et l’émergence des socialistes et des agrariens, «dont la très grande majorité ne dispose pas de titre académique», écrit Andrea Pilotti.

La tendance s’inverse entre 1957 et 1980. Le nombre d’universitaires remonte à 69%, parallèlement à la croissance du nombre d’étudiants dans les hautes écoles. Il y a ensuite un recul constant des intellectuels: le pourcentage s’abaisse à 59% en 2010. «La diminution des universitaires est à mettre surtout en relation avec la progression de l’UDC, comptant un faible nombre de parlementaires au bénéfice d’une formation académique», constate Andrea Pilotti.

Cette évolution concerne surtout le Conseil national, où le PS et l’UDC (précédemment le PAB), qui comptent historiquement moins d’universitaires que les libéraux, les radicaux et les démocrates-chrétiens, sont plus fortement représentés qu’au Conseil des Etats.

De l’EPFZ à l’Uni de Zurich

Au sein du groupe PAB/UDC, «le nombre d’universitaires a historiquement été inférieur à 50% à l’exception de 1980». Dans les années 2000, l’UDC devient le parti «qui compte la plus faible proportion d’universitaires et une forte présence de diplômés professionnels, dont presque la moitié dans le domaine agricole. Le profil scolaire de ses élus ne fait, par ailleurs, que refléter en bonne partie le profil de son électorat, comptant de nombreux paysans, petits entrepreneurs, ouvriers et travailleurs peu qualifiés», note le chercheur lausannois.

Andrea Pilotti relève encore que, si le taux des diplômés de l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich est en diminution constante depuis une trentaine d’années, c’est précisément «en raison de la très forte diminution des universitaires au sein du groupe UDC, qui affiche historiquement une proportion très élevée d’ingénieurs formés à l’EPFZ». Il s’agissait surtout d’ingénieurs agronomes.

Le poids des juristes a toujours été moindre au sein de l’UDC par rapport aux autres partis de droite. Mais c’est en train de changer. Au cours de la période plus récente, l’EPFZ «perd son attrait parmi les élus UDC au profit de l’Université de Zurich», fait remarquer Andrea Pilotti. La nouvelle députation zurichoise comprend cinq licenciés en droit, dont trois nouveaux.
Mais cela avait commencé avant. Les Genevois Yves Nidegger et Céline Amaudruz, arrivés au parlement en 2007 et 2011, sont licenciés en droit. Les deux nouveaux élus valaisans Jean-Luc Addor et Franz Ruppen également. Or, le parti a besoin de ce vivier académique. Six des dix conseillers fédéraux élus sous ses couleurs étaient en effet au bénéfice d’un titre universitaire en droit. n

* «Les parlementaires suisses entre démocratisation et professionnalisation (1910-2010). Biographie collective des 
élus fédéraux et réformes du parlement helvétique», par Andrea Pilotti.