Le conseiller national UDC Toni Bortoluzzi (55 ans) est désormais officiellement candidat au Conseil fédéral. Patron d'une ébénisterie et spécialiste des assurances sociales sous la Coupole, le Zurichois a été nominé samedi à l'unanimité par son groupe parlementaire avant d'être intronisé devant l'assemblée des délégués réunie à Lupfig (AG).

Ses chances de passer l'épaule le 4 décembre devant l'Assemblée fédérale sont nulles, les autres grands partis ayant signalé qu'ils jugeaient hors de propos de dépouiller le Parti socialiste (PS) d'un de ses deux sièges au gouvernement à l'occasion du départ de Ruth Dreifuss. A travers cette candidature de combat, l'UDC vise à mettre en exergue le fait que les autres partis gouvernementaux «ont décidé d'abandonner le système de la concordance et la formule magique», qui veulent que chaque parti qui compte soit représenté au Conseil fédéral en proportion de sa force électorale. Au lieu de concéder à l'UDC les deux sièges qui lui reviennent arithmétiquement depuis 1999, le «cartel des perdants (PRD, PS et PDC) s'est approprié six sièges et demi» au gouvernement, a estimé Christoph Blocher devant les délégués, le demi-siège en question étant celui de Samuel Schmid, qui, quoique étant «un bon conseiller fédéral», n'en défend pas moins, sur «maints dossiers», des positions opposées à celles de l'UDC.

La dernière divergence en date a du reste provoqué certains remous lors de l'assemblée. En des termes peu amènes, Samuel Schmid s'est vu accusé d'avoir «tiré dans le dos du parti» en rejetant publiquement l'initiative de l'UDC sur l'asile. Le ministre y a réagi assez sèchement, précisant qu'il acceptait «les critiques, même abruptes, mais pas la diffamation», ajoutant qu'il n'était «pas certain» qu'en agissant de la sorte le parti «rende un grand service à la cause d'un deuxième siège UDC au gouvernement».

Ce deuxième siège, l'UDC espère en fait le décrocher après la nouvelle percée électorale escomptée aux élections parlementaires d'octobre 2003. Si le parti n'obtient pas gain de cause à ce moment, l'initiative populaire demandant l'élection du Conseil fédéral par le peuple – dans les tiroirs depuis longtemps – sera lancée dans la foulée, ont décidé les délégués par 262 voix contre 31. Sur le fond, la revendication d'un renforcement du poids de l'UDC au gouvernement a reçu le soutien de Samuel Schmid. L'UDC «a le droit de revendiquer un deuxième siège» car «c'est un indiscutable avantage d'avoir deux représentants au gouvernement» et «la Suisse a besoin de plus de politique d'UDC». Le ministre estime encore qu'un parti gouvernemental «a le droit d'être insoumis et même insolent», à condition de rester «constructif, respectueux des traditions démocratiques et capable de s'allier à d'autres pour former des majorités».

Chez les radicaux, on semble en revanche moins disposés qu'il y a quelques mois encore à appuyer la revendication de l'UDC. «Après les prochaines élections, on ne pourra se borner à réfléchir à la question de savoir si, purement arithmétiquement, l'UDC a droit à un deuxième siège», déclare le secrétaire général, Guido Schommer, dans la SonntagsZeitung. L'UDC serait légitimée à prétendre à un deuxième siège «si elle peut et veut faire de la politique gouvernementale constructive». Au printemps encore, tant le président démissionnaire, Gerold Bührer, que la présidente sortante du groupe, Christine Beerli, avaient clairement estimé que si l'écart entre l'UDC et le PDC devait encore se creuser, l'UDC aurait droit automatiquement à un deuxième siège. Une position reprise il y a une semaine par le principal papable à la succession de Gerold Bührer, Hans-Rudolf Merz.

La volonté des radicaux de se distancier à nouveau de l'UDC est toutefois plus généralement perceptible. «Nous devons constater que depuis un an et demi une frange de l'UDC agit dans le seul but de nous détruire», précise Guido Schommer au Temps. Le PRD doit donc «se repositionner, en particulier vis-à-vis des parties antilibérales de l'UDC». «L'UDC n'est pas a priori notre partenaire principal», ajoute-t-il. «Quand on a en permanence le nez rivé sur la frontière (qui nous sépare de l'UDC, ndlr), on court le risque que notre propre programme ne soit plus perçu clairement», renchérit la conseillère nationale Christine Egerszegi (AG). La parenthèse Bührer semble se refermer inexorablement au PRD.