Migration

Quand l’UDC en fait trop sur l’asile

Geler les admissions, la motion «qui ne rend pas service» à la droite . L’asile reste au cœur de la campagne

Quand l’UDC en fait trop sur l’asile

Migration Geler les admissions, la motion «qui ne rend pas service» à la droite

L’asile reste au cœur de la campagne

Face aux journalistes, le Vaudois Pierre-François Veillon avait conservé sa liberté de parole, et il ne cachait pas ses divergences, jeudi matin, dans les pas perdus du Conseil national. C’est l’un des trois élus UDC, avec le Jurassien bernois Jean-Pierre Graber et le Bernois Rudolf Joder, à ne pas avoir soutenu la veille l’initiative de son groupe parlementaire pour un moratoire immédiat dans le domaine de l’asile, avec la mise à disposition de l’armée aux frontières. Trois députés qui ne se représentent pas aux élections et pouvaient donc s’autoriser une entorse à la discipline.

Même si le groupe parlementaire UDC s’est montré uni lors du grand débat de près de dix heures sur la restructuration de l’asile, mercredi, quelques députés de base ne cachaient pas leur malaise devant les exigences excessives de l’UDC pour la reconnaissance du statut de réfugié ou les conditions d’hébergement, mais surtout face à une motion «aux effets pervers». Alors que les médias déversaient des flots d’images sur des situations dramatiques, «difficile d’expliquer que nous ne sommes pas insensibles au sort de ces êtres humains», regrettait Jean-Pierre Graber.

Pour Pierre-François Veillon, «cette proposition de suspendre les admissions dans le processus d’asile et de contrôler les frontières était stupide. Elle ne présentait pas de solution mais créait des problèmes. Ce n’était pas responsable». Pour Jean-Pierre Graber, «cette motion ne rendra pas service à l’UDC à court terme».

Et comme pour donner raison aux frondeurs, quelques heures après, au Conseil des Etats, Peter Föhn (SZ) retirait, après un court débat, sa motion, identique, basée sur le déclenchement du droit d’urgence et un gel de l’asile. Même son collègue Roland Eberle (TG) ne s’est pas risqué à défendre un texte destiné, selon lui, uniquement à ouvrir le débat.

La question de l’asile, sur laquelle l’UDC avait basé sa campagne électorale très tôt au début de l’été, serait-elle devenue embarrassante? Le changement d’opinion, sous le coup de l’émotion populaire face aux drames en mer, aux foules massées devant les barbelés ou au corps du petit Aylan sur une plage turque, influencera-t-il l’UDC?

Les électeurs auraient-ils pris conscience qu’aucun parti ne pouvait apporter de réelle solution à une crise globale de l’asile? Le dernier baromètre électoral indique une chute de cinq points, de 34% à 29%, du pourcentage de personnes attribuant une compétence particulière à l’UDC dans le domaine de l’asile et des migrations. Malgré tout, les intentions de vote UDC ont progressé de deux points, à 28%.

Spécialiste de l’UDC pour les questions de migration, Hans Fehr (ZH) ne voit pas de raison de changer de thème électoral ou de modifier la stratégie. Les campagnes d’annonces affirmant que «nous sommes le seul parti qui garantit une limitation de l’immigration et la suppression des abus dans le droit d’asile» vont se poursuivre, confirme le coordinateur romand Claude-Alain Voiblet. «On ne change pas de ligne à un mois des élections. De toute manière, nos électeurs attendent des réponses de notre part sur ce que les Suisses considèrent comme le problème numéro un», ajoute le conseiller national Jean-François Rime.

A l’UDC, nos interlocuteurs se disent certains que malgré les images de drames, «la majorité silencieuse n’a pas bougé, elle sait bien que seule l’UDC apporte une solution». Pourtant, le ton a changé, au cours de ce long débat sur l’asile. Alors que cet été la Weltwoche , magazine proche de l’UDC, caricaturait Simonetta Sommaruga en Mère Teresa et la rendait «responsable de toutes les dérives de la politique d’asile», pas une seule attaque contre la présidente de la Confédération et ministre de la Justice durant les presque dix heures de débat.

A l’inverse, le chef du groupe parlementaire UDC, Adrian Amstutz, a été contraint à plusieurs reprises de se défendre: «Nous ne sommes pas sans cœur. Il ne s’agit pas de dresser un mur. Ceux dont la vie ou l’intégrité physique sont menacées ont droit à l’asile en Suisse.» Une position de défense à laquelle l’UDC n’est pas habituée.

Pour la première fois, l’UDC a dûse défendre: «Nousne sommes passans cœur»

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