C'est le scénario que l'UDC et l'Action pour une Suisse indépendante et neutre (ASIN) voulaient à tout prix éviter: le référendum contre la reconduction de la libre circulation des personnes et son extension à la Roumanie et à la Bulgarie a vraisemblablement abouti. Un léger doute plane encore. La Chancellerie fédérale doit publier ce lundi le résultat du recomptage effectué ces derniers jours. Mais le monde politique et économique se prépare déjà à voter le 8 février 2009.

La direction de l'UDC, très mal à l'aise dans ce dossier, ne l'a pas évoqué lors de l'assemblée des délégués du parti, samedi à Lenzburg (AG). Ce sujet était cependant au cœur de nombreuses discussions de coulisses. Le président des Jeunes UDC, Erich Hess, était celui qui en parlait le plus librement. «On en a discuté vendredi en marge de la séance du comité central. Beaucoup sont venus me féliciter. La libre circulation avec la Roumanie et la Bulgarie est ressentie comme un problème», se réjouissait-il samedi.

Décision le 29 novembre

«On doit regretter que l'UDC Suisse ait été pareillement confuse», ajoute le président des Jeunes UDC vaudois, Kevin Grangier. Nombreux sont effet ceux qui reprochent à l'UDC d'avoir pris position trop rapidement dans cette affaire. Le parti avait décidé le 17 mai de lancer le référendum contre l'extension à la Roumanie et à la Bulgarie, mais de renoncer à combattre la poursuite de la libre circulation avec les autres Etats membres de l'UE. Elle avait aussi dit, à cette même date, qu'elle serait «contrainte de lancer un référendum contre le paquet global» si le parlement décidait de lier ces deux projets en un seul arrêté fédéral. Ce que le parlement a fait.

Or, après coup, et sous l'impulsion de Christoph Blocher, l'UDC a décidé de renoncer au référendum. Et ce sont les Jeunes UDC, appuyés par quelques sections cantonales, les Démocrates suisses et la Lega tessinoise qui ont fait le travail.

Si l'aboutissement est confirmé, l'UDC va devoir prendre position. Ce sera l'objet de la prochaine assemblée des délégués, le 29 novembre à Soleure. Erich Hess s'engagera alors pour décrocher un non de la base à la libre circulation des personnes. Cette issue paraît vraisemblable, les militants UDC n'ayant visiblement pas compris le revirement de Christoph Blocher et de la direction du parti.

Pirmin Schwander, conseiller national schwyzois et président de l'ASIN, s'engagera dans le même sens. Avant cela, il va tenter de persuader le comité de l'ASIN de rejeter la libre circulation. «Je suis un opposant convaincu», confiait-il samedi. En août, le comité central, compétent pour prendre position sur un tel dossier en vertu des statuts de l'organisation, avait à son tour renoncé au référendum. Pirmin Schwander va convoquer une séance extraordinaire du comité pour fin octobre dans l'espoir de inverser cette décision.

Pas de comité économique

Les représentants de l'économie sont eux aussi embarrassés. En 2005, Peter Spuhler, Jean-François Rime, Hansruedi Wandfluh avaient, avec d'autres chefs d'entreprise, constitué un comité particulier dont le mot d'ordre était: «non à Schengen, oui à la libre circulation». Ce comité a peu de chances de se reformer cette fois-ci

«La décision du parlement de coupler les deux volets de la libre circulation est scandaleuse. C'est une mascarade», s'indigne Jean-François Rime. Pas question pour lui de s'engager dans un comité de soutien interpartis. Il tentera plutôt, le 29 novembre, de convaincre l'UDC de laisser la liberté de vote ou de s'abstenir. Ses chances de succès paraissent cependant minimes.

La position de l'économie, extrêmement favorable à la libre circulation, compliquera la tâche de la direction du parti. C'est visiblement elle qui a convaincu Christoph Blocher et ses amis de renoncer au référendum. Un non de l'UDC à la libre circulation risquerait de la priver de ressources financières importantes. L'incertitude vaut aussi pour les soutiens pécuniaires de Christoph Blocher lui-même, écarté de la course à la succession de Samuel Schmid par le groupe parlementaire mardi.