Jalousie, frustration, intrigues d'arrière-salle, vengeance d'une classe politique dépassée et mesquine, aveuglement idéologique. Voilà quelques-uns des termes lâchés vendredi par le président de l'UDC, Ueli Maurer, en conférence de presse. «La gauche et ledit «centre» ont tout fait pour transformer les élections parlementaires en un plébiscite sur Christoph Blocher. Pour y parvenir, ils ont intrigué, ils ont instrumentalisé malhonnêtement la Commission de gestion et ont lancé, avec la complicité des médias, une véritable chasse à la Suisse libérale et conservatrice», a-t-il affirmé.

Le ton est donné. L'UDC était censée expliquer comment elle envisageait son rôle dans l'opposition. Mais plutôt que d'annoncer la constitution d'une sorte de cabinet fantôme selon le modèle britannique, ses dirigeants ont préféré dénoncer l'éviction de Christoph Blocher du Conseil fédéral. Et rappeler que la volonté du peuple n'a pas été respectée. Que la concordance est morte.

Sa stratégie d'opposition? Elle l'affinera en février, lors d'une assemblée extraordinaire. Beaucoup de questions doivent encore être éclaircies à l'interne. Et l'UDC, qui ne reconnaît plus Samuel Schmid et Eveline Widmer-Schlumpf comme faisant partie des siens, semble aujourd'hui davantage préoccupée par la nécessité de resserrer les rangs et panser ses plaies. Si l'UDC parle d'opposition «puissante», elle ne sera en tout cas pas totale.

k Contre le Conseil fédéralLa ligne de l'UDC ne changera pas. Elle restera logiquement fidèle à son programme de base (baisse des impôts, chasse aux abus dans l'aide sociale et dans l'asile, neutralité, notamment). Le parti brandira de nombreux référendums et initiatives populaires «pour empêcher que le gouvernement ne s'engage dans une politique erronée».

Une vingtaine d'initiatives sont déjà en gestation, précise Ueli Maurer. Le comité directeur devrait décider la semaine prochaine de lancer celle qui revendique l'élection du Conseil fédéral par le peuple. «Nous avons beaucoup de pression de nos sympathisants pour le faire», insiste le président du parti. L'UDC fait depuis 1990 déjà un usage intensif des droits populaires pour influer sur la politique fédérale. Mais les succès sont rarement au rendez-vous.

Autre décision: l'UDC ne participera plus aux traditionnels entretiens de Watteville, entre partis gouvernementaux et Conseil fédéral. Le parti boude également, pour l'instant, Arena, l'émission politique phare de la télévision alémanique. Car l'UDC revendique autant de places que les représentants des autres partis, ce que la chaîne refuse.

k Au parlementAutre stratégie au Parlement: les députés UDC continueront à siéger dans les commissions. Et ne refuseront pas de les présider. «Sur le plan politique, l'UDC est en opposition avec le Conseil fédéral, mais pas avec le parlement. Nous continuerons d'assumer toutes nos tâches et nos fonctions politiques dans le cadre de l'Assemblée fédérale», indique clairement le conseiller national bernois Adrian Amstutz. L'UDC continuera également de revendiquer des sièges dans les tribunaux fédéraux et cantonaux.

k Dans les cantonsPas question non plus de mener un véritable programme d'opposition dans les cantons. Adrian Amstutz: «Dans ceux où l'UDC occupe des sièges au gouvernement, elle restera un parti gouvernemental et continuera de renforcer sa présence dans les exécutifs». «Les partis cantonaux restent libres au niveau de la conception et de la concrétisation de leur politique alors que l'UDC Suisse pratiquera une stricte opposition au niveau fédéral», ajoute de Bernois.

La section de Saint-Gall vient de déclarer qu'elle envisageait de ne lancer personne dans la course au Conseil d'Etat. Mais son président Toni Brunner, également vice-président du parti suisse, pourrait bien changer d'avis.

L'UDC s'est fixé un autre objectif: entrer au Conseil fédéral en 2011 avec «enfin des candidats qui représentent notre politique authentiquement bourgeoise».

Le leader de l'opposition est lui tout désigné: il s'agira très vraisemblablement de Christoph Blocher, même si ce dernier entretient encore un certain mystère à ce sujet. Ueli Maurer a déclaré vendredi qu'il n'y aurait «certainement pas de contre-candidatures». «Personne n'ose se lancer», a-t-il ajouté, le sourire en coin.