Partie à la conquête des petites villes et des zones suburbaines, l’UDC ne doit pas oublier que sa base est d’abord rurale et villageoise. Et le président, l’agriculteur Toni Brunner, entend bien rappeler que son parti, d’essence agrarienne, reste le seul et unique défenseur «des paysans vrais et droits et non pas des jardiniers écolos et gauchistes».

Alors que la commission concernée va entamer ces prochains jours un marathon pour présenter en ­septembre au Conseil national la nouvelle politique agricole 2014-2017, l’UDC organise donc, ce samedi 4 août à Grosswangen (LU), une «Landsgemeinde des paysans». Une fois de plus, il s’agit pour l’UDC de faire pression sur le parlement pour refuser le projet mis au point par les services du ministre de l’Economie. On retrouvera même le président du Conseil national, Hans Jörg Walter, président de l’Union suisse des paysans (USP), au risque pour lui de se départir de son rôle d’arbitre.

Les milieux agricoles, à commencer par l’USP, ne sont en effet pas très heureux de l’orientation de la politique agricole, qui devrait modifier le système des paiements directs. Pour maintenir le niveau actuel des paiements directs et donc maintenir le revenu familial, les exploitations devront en effet offrir davantage de prestations dans le domaine de l’écologie ou de la protection animalière, débouchant sur une agriculture trop extensive aux yeux des producteurs. «Nous voulons être payés pour ce que nous produisons», protestent les agriculteurs qui ne voient pas pourquoi il faudrait se donner du mal à traire les vaches ou produire de la viande si, en faisant moins, on a les mêmes ressources.

«Seule force de résistance»

Cette politique, dénoncent-ils, aura pour effet d’augmenter encore les importations des denrées alimentaires, ce qui n’est pas vraiment écologique. Mais alors que l’USP incite les parlementaires à corriger le projet du Conseil fédéral, l’UDC se montre plus intransigeante et annonce déjà qu’elle refusera la politique 2014-2017. «Il s’agit pour elle ­de se démarquer de la droite classique, PDC et PLR, pour se présenter comme la seule force de résistance du monde paysan», analyse un dirigeant agricole. Il est vrai qu’en menaçant de fermer le robinet de la libre circulation, l’UDC a inquiété les exploitants qui font recours à une forte main-d’œuvre saisonnière.