L'UDC n'est pas au mieux actuellement. Alors qu'il a longtemps fait figure d'épouvantail sur la scène politique, le parti a perdu au cours des derniers mois une partie de sa capacité de nuisance et d'influence à Berne. Les sondages ne lui prédisent plus guère de progression significative lors des élections parlementaires fédérales de 2003. Malgré Swissair, le 2e pilier ou l'Expo. Longtemps réputée pour son flair politique «infaillible», l'UDC se met par ailleurs à commettre des choix stratégiques discutables.

Christoph Blocher lui-même connaît une phase délicate. Déjà ternie par l'échec de ses deux dernières campagnes référendaires (contre l'envoi de soldats armés à l'étranger, puis contre l'adhésion à l'ONU), son aura a encore pâli après la chute de son ami, le financier Martin Ebner. Le discrédit frappant la recherche de la maximisation à court terme de la valeur actionnariale des entreprises (shareholder value) a rattrapé le tribun zurichois, ce que ses adversaires politiques exploitent, à l'intérieur comme à l'extérieur du parti.

Le conseiller fédéral Samuel Schmid s'est est pris avec vigueur samedi aux milieux «qui ont détruit des fleurons de l'économie suisse et qui sont les mêmes qui ont longtemps discrédité la politique». «La Suisse est une chose trop sérieuse pour qu'on la confie aux apôtres de la share-holder value», a-t-il ajouté.

A gauche, on a trouvé une nouvelle signification au sigle SVP (UDC en allemand): «Shareholder Value Partei». Le syndicaliste Serge Gaillard a joué à fond cette carte samedi, à Lugano où il était invité à présenter les arguments contre la Loi sur le marché de l'électricité (LME) devant l'assemblée des délégués de l'UDC. Il a répété à l'envie que la loi était faite pour les grandes industries mais pas pour les PME dont elle se bornerait à mettre en danger la sécurité de l'approvisionnement. Un argumentaire qui n'a eu qu'un succès limité à Lugano (lire ci-dessous) mais qui avait fait mouche quatre jours plus tôt dans sur les terres mêmes de Christoph Blocher. Lors d'une assemblée à laquelle participaient de nombreux petits entrepreneurs, l'UDC zurichoise n'avait apporté son soutien à la LME que par 185 voix contre 135 (avec 36 abstentions).

Le tribun zurichois a également mis en difficulté son parti en décrétant il y a une semaine que l'UDC présenterait une candidature de combat contre les socialistes après le départ de Ruth Dreifuss du gouvernement. Réuni vendredi à Lugano, le comité directeur du parti n'avait d'autre choix que de confirmer cette stratégie, mais il a mis une condition qui en dit long sur les réserves que l'opération suscite: le candidat ne saurait être Christoph Blocher lui-même. Cette variante serait perçue «comme une simple provocation», estime Ulrich Mathys, président de l'UDC argovienne, cité par la SonntagsZeitung. «Nous ne serions pas pris au sérieux», renchérit son homologue bernois, Hermann Weyeneth.

Le président du parti Ueli Maurer – qui avait lui-même annoncé dans un premier temps qu'il n'y aurait pas de candidat UDC – a été chargé de dégoter un candidat plus «adéquat». Une tâche qui ne s'annonce pas des plus simples. Même s'il devait présenter l'une de ses rares personnalités qui aient le profil de l'emploi – ce qui la grillerait pour l'avenir –, le parti n'y gagnerait pas grand-chose de plus qu'avec Christoph Blocher.

L'opération est en effet trop ambiguë. Elle peut se comprendre comme une tentative d'abolir le système de concordance au profit d'un système majoritaire (sans les socialistes). Dans cette logique (que pas grand monde ne souhaite au demeurant), l'UDC devrait toutefois réclamer trois sièges au gouvernement et non deux. Si elle vise au contraire à corriger le rapport des forces au gouvernement en fonction de la force électorale des partis, l'UDC doit attaquer un siège démocrate-chrétien et non socialiste. La démarche de l'UDC n'est donc pas cohérente non plus dans ce cas, d'autant que l'opportunité se présentera l'an prochain, au moment de l'élection de renouvellement du Conseil fédéral,

de demander l'éviction d'un conseiller fédéral PDC.

Pour se relancer, l'UDC, et tout particulièrement Christoph Blocher, ont plus que jamais besoin d'obtenir enfin un succès dans les urnes. Le destin de l'initiative sur l'or de la BNS sera crucial. Cela semblait très mal parti. Le dernier sondage en date restaure un certain espoir (lire ci-dessous).