Suisse-UE

L'UDC ne veut pas du référendum contre la mise en œuvre de l'initiative sur l'immigration de masse

Réunis en congrès en Valais, les délégués de l'UDC refusent le référendum sur la loi d'application de l'initiative du 9 février. Ils promettent désormais d'éliminer la libre circulation des personnes

Le piano succède à l'accordéon. Sur la scène, Christoph Blocher cabotine et chante une vieille chanson allemande, reprise en cœur par les délégués de l'UDC réunis au Châble: «Les citoyens donnent leur fric, jusqu'à ce qu'ils n'aient plus d'argent». Toujours remonté contre la loi d'application de l’initiative sur l'immigration de masse, entérinée en décembre, le milliardaire peste longuement contre les chambres fédérales, qui «se moquent complètement de la volonté du peuple». Suivant la voix de son maître, et sans surprise, le congrès a néanmoins décidé de renoncer au référendum: «S'il devait aboutir, on aurait rien, la situation d'aujourd'hui, une immigration démesurée.»

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En terrain hostile, seul contre tous, le socialiste Nenad Stojanovic tente de convaincre les délégués du contraire: «N'ayez pas peur du peuple». Dans les derniers jours de décembre, curieusement, ce politologue de l'université de Lucerne a lancé un référendum contre la mise en œuvre de l'initiative du 9 février: «Je défends la démocratie directe et il est nécessaire d'avoir l'avis du peuple sur une question qui occupe les politiciens depuis trois ans». En martelant que deux comités de droite cherchent, eux aussi, à provoquer un vote, il plaide passionnément sa cause: «S'il vous paraît suspect qu'un socialiste vous incite à signer un référendum, oubliez que j'existe!»

«Une opération d'enfumage»

Chargé de lui répondre, le conseiller national UDC valaisan Jean-Luc Addor admet qu'il a lui aussi été tenté pas la voie référendaire, avant de dénoncer «une espèce de piège et une opération d'enfumage». Pour lui, «ce semblant de référendum n'empêchera pas un étranger de plus d'entrer en Suisse». Accusant le politologue de «chercher à exploiter la frustration de l'UDC face à la trahison du parlement», il soutient qu'un éventuel vote serait forcément défavorable à son parti et à ses objectifs, quel qu'en soit le résultat. En encourageant les siens à s'attaquer «aux causes plutôt qu'aux effets», le parlementaire ne cache pas vraiment son soutien à l'initiative de l'ASIN, qui entend dénoncer l'accord sur la libre circulation des personnes.

Vous voulez faire de nous des idiots utiles.

Plusieurs cadres du parti se succèdent au micro pour demander aux militants de ne pas signer un référendum qui promet, au mieux, le statu quo, et qui pourrait, au pire, valider la loi élaborée par les chambres fédérales. Adrian Amstutz ou Thomas Aeschi préviennent: «Ne tombez pas dans le piège». Un délégué apostrophe directement le politologue socialiste: «Vous voulez faire de nous des idiots utiles». Co-président de l'UDC du Valais romand, Jérôme Desmeules incarne la seule voix discordante: «Un vote permettrait au peuple d'infliger un blâme au parlement». Par 248 voix contre 5, disciplinés, les délégués plébiscitent la position défendue par la direction du parti depuis deux semaines.

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Salves sur la libre circulation

En martelant que «l'UE et la Suisse sont incompatibles», Christophe Blocher énumère les échéances imminentes qui doivent permettre à l'UDC de définir la politique européenne du pays. En 2017, il espère à la fois empêcher la signature d'un accord-cadre institutionnel avec l'Union européenne et faire accepter l'initiative de son parti pour l'autodétermination, intitulée «Le droit suisse au lieu de juges étrangers». L'ancien conseiller fédéral insiste encore sur les menaces qui pèsent sur le vote du 9 février: «Il ne faut laisser aucune chance à l'initiative RASA ou à un éventuel contre-projet.»

En juin prochain, le bureau du parti présentera de nouvelles variantes pour «stopper l'immigration démesurée». Elles consisteront surtout à tenter d'éliminer l'accord sur la libre circulation des personnes, et, éventuellement, à «prendre des mesures supplémentaires». Lesquelles ? Avec le sourire, le président de l'UDC Albert Rösti glisse: «Nous collaborons avec les gens de l'ASIN dans ce dossier et leur initiative constitue peut-être une solution, mais nous ne savons pas encore s'il s'agit de la seule.»

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