Pas de nouvelles, mauvaises nouvelles, pourraient se dire les électeurs de l'UDC. Réunis mardi à Berne, leurs parlementaires ont certes confirmé, par 60 voix contre 3, qu'Eveline Widmer-Schlumpf et Samuel Schmid étaient exclus du groupe parlementaire, que le parti basculait dans l'opposition, et que la formation de tout «sous-groupe» était exclue. Seulement, une stratégie concrète se fait toujours défaut. Tant sur les dossiers (LT du 18.12.07) que sur l'attitude à adopter. Et le parti semble rejoindre les rangs de l'opposition comme on monte à l'échafaud. Condamné à tenir un engagement qu'il avait conçu uniquement comme une menace et non pas comme un scénario potentiel.

Pas de sous-groupe bernois

Le chef du groupe Caspar Baader a donc une nouvelle fois esquivé devant la presse: «L'opposition, cela n'a rien à voir avec du contenu. C'est tout simplement un positionnement hors du gouvernement», a-t-il résumé. Pour le reste, les élus se réuniront en conclave les 4 et 5 janvier à Bad Horn (TG), afin de dessiner les contours d'une tactique qui paraît pour le moins énigmatique.

Seule certitude: le groupe parlementaire et le parti suisse ne conserveront pas de liens institutionnels avec les conseillers fédéraux qui portent toujours, formellement, leur étiquette. «Ces deux ministres ne défendent pas le contrat électoral que nous avons passé avec notre électorat l'été dernier et qui définit la neutralité, les baisses d'impôts et la sécurité comme nos priorités, a insisté Caspar Baader. Par ailleurs, ils ne représentent pas notre patrimoine idéel au gouvernement. Pour Samuel Schmid, nous le savions déjà. Pour Eveline Widmer-Schlumpf, c'est devenu clair: elle ne soutiendra pas nos initiatives sur les naturalisations, pour le renvoi des étrangers criminels ou pour l'interdiction des minarets. Et la liste des exemples est longue.»

Il n'y a finalement eu aucune proposition visant à créer un «sous-groupe» formé de Bernois ou de Grisons désireux de maintenir des contacts formels avec «leurs» conseillers fédéraux. Néanmoins, a rappelé Ueli Maurer, «il est évident que, comme c'était le cas jusqu'ici, chaque élu est libre de rencontrer tous les conseillers fédéraux. Il ne sera pas obligatoire, par conséquent, de demander la permission avant d'aller déjeuner avec Samuel Schmid», a-t-il ironisé.

Les ténors du parti sont donc parvenus à étouffer une fronde interne, du moins pour le moment. Ils ont finalement renoncé à changer la composition des commissions parlementaires - initialement, il était prévu de ne placer que les tenants de la ligne dure aux postes clés. Et les élus modérés, bernois et grisons, notamment, sont rentrés dans le rang.

«De la cosmétique»

Ils préfèrent visiblement prendre leur mal en patience, en misant sur un échec de leur direction. «L'opposition, c'est de la cosmétique qui doit nous éviter de perdre la face, mais on ne sait pas où est la trousse de maquillage», image un Bernois. A ses yeux, le groupe finira inévitablement par abandonner cette opposition que Caspar Baader qualifie de «positionnement» et que d'autres perçoivent comme une simple posture.

A défaut d'atténuer son message sur Eveline Widmer-Schlumpf ou Samuel Schmid, l'UDC tient aujourd'hui à ménager une autre frange que les partis cantonaux grison et bernois: son aile économique. Le message répété à l'envi par Christoph Blocher selon lequel «opposition ne rime ni avec destruction ni avec obstruction» est déjà rentré dans le langage officiel du parti.

Et pour cause. Les conseillers nationaux Bruno Zuppiger (ZH), Peter Spuhler (TG), Jean-François Rime (FR) et d'autres entrepreneurs n'ont rien contre la volonté de rompre avec Eveline Widmer-Schlumpf et Samuel Schmid. Mais ils ne veulent surtout pas prétériter les liens du parti avec les milieux économiques, et ont eux-mêmes, en tant qu'entrepreneurs, tout intérêt à préserver les conditions cadres. Eux qui avaient soutenu l'extension de la libre circulation en 2005 pourraient voir d'un très mauvais œil que leur parti s'y oppose trop fermement en 2009.

Le paravent est tombé

Par ailleurs, ils ne changeront pas d'avis sur l'abrogation de la Lex Koller, qui facilite les acquisitions immobilières par des ressortissants étrangers, sur le principe du «cassis de Dijon», les importations parallèles, l'imposition dégressive ou la privatisation de Swisscom, si elle revient sur le tapis. Autant de points sur lesquels la base ne suit pas, comme cela s'est vu au printemps dernier, lorsque la direction du parti s'était aventurée en terrain très libéral.

Néanmoins, les contradictions seront désormais plus douloureuses. Présent au gouvernement, Christoph Blocher pouvait influencer, appuyer ou défendre certaines décisions sous couvert de la collégialité, en exprimant l'obligation de se ranger derrière le Conseil fédéral, comme il l'avait fait sur la libre circulation. Aujourd'hui, ce paravent est tombé. Il sera d'autant plus difficile de concilier des intérêts divergents face à des électeurs qui, plus que jamais attendront que l'UDC se démarque, avec des positions limpides, également sur les enjeux économiques.