Sécurité

L’UDC persiste à enfoncer le clou sécuritaire

La formation conservatrice dénonce une fois de plus la criminalité étrangère. Un aveu d’impuissance, selon la plupart des observateurs, qui soulignent le malaise du parti face aux thèmes brûlants du moment

«La criminalité porte un nom: l’immigration démesurée.» C’est sous ce nouveau slogan que l’UDC avait convié la presse ce mardi à Berne. Au menu: «L’état d’anarchie vers lequel s’achemine le pays» en raison «de l’immigration incontrôlée, des frontières ouvertes, de l’espace Schengen, de l’Union européenne et de la justice laxiste». La Suisse est devenue «la Mecque des criminels étrangers», avertit le parti, qui tape du poing sur la table.

«Cette conférence de presse n’a rien à voir avec les élections fédérales d’octobre», a en outre assuré Albert Rösti, le président de l’UDC. En baisse dans les sondages, les conservateurs ont toutefois invoqué des thématiques – classiques du parti et sorties de toute actualité – qui semblent indiquer qu’ils peinent à se réinventer.

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«Ceux qui ne se conforment pas aux règles doivent partir»

En 2018, affirme l’UDC, les personnes accusées de viol étaient à 60% d’origine étrangère, les cas de violence domestique étaient de manière prépondérante le fait de migrants et, de manière générale, le nombre de ressortissants étrangers inculpés pour une violation du Code pénal était en augmentation de 4%. Compte tenu de leur part dans la population totale – environ 25% –, le parti tire la conclusion que «les migrants sont surreprésentés chez les criminels». Et appelle à agir.

Pour endiguer le phénomène, la formation politique propose de «renoncer aux peines pécuniaires, de cesser de traiter les criminels avec ménagement, de protéger davantage les agents de police, et, enfin, de finalement appliquer l’initiative pour le renvoi des étrangers». Quant à de possibles mesures d’intégration, Albert Rösti objecte que «ce n’est pas l’affaire de l’Etat». Les étrangers bien intégrés sont évidemment les bienvenus, souligne-t-il, «car la Suisse a besoin de force de travail». Toutefois, «ceux qui ne se conforment pas aux règles, avertit le Bernois, eh bien ceux-là doivent partir».

«Une obsession névrotique»

De l’autre côté du spectre politique, la nouvelle prise de position des conservateurs est jugée d’un œil las: «Le parti doit brûler des cierges pour que des vagues de migrants reviennent ou qu’un étranger commette un crime, raille Roger Nordmann, chef de groupe socialiste sous la Coupole. Ils n’ont rien à proposer pour le pays et ils ne se positionnent pas sur les thématiques phares de la campagne: ni le climat, ni les assurances sociales, ni la condition féminine. Ils en reviennent donc à leurs thèmes habituels, comme la sécurité. Sans réussir à les faire décoller.»

Quid toutefois des problèmes de surreprésentation des citoyens étrangers dans les statistiques criminelles suisses? «Il faut travailler à une meilleure intégration et faire fonctionner la justice», répond succinctement Roger Nordmann. Quant à la dénonciation des sévices subis par les femmes, le conseiller national s’esclaffe: «Au parlement, l’UDC s’oppose systématiquement à toute mesure en faveur de l’émancipation féminine. Ils n’ont aucune légitimité sur la question.» La conférence de presse du jour, conclut-il, ne traduit qu’une «obsession du parti névrotique et désespérée vis-à-vis des étrangers».

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«Une opération marketing»

Le camp bourgeois n’est pas beaucoup plus tendre. Lassée, la sénatrice zurichoise Doris Fiala (PLR) regrette que les conservateurs «ne traitent pas des sujets qui font avancer le pays»: «L’UDC veut gagner des votes auprès des gens qui se sentent défavorisés et ont peur du futur. Thématiser à nouveau sur les dangers liés aux étrangers, c’est leur marketing habituel. C’est leur droit de travailler comme ça mais c’est malheureux. Beaucoup de dossiers demandent de l’engagement politique positif. Mais pour cela, il faut des politiciens constructifs et une prédisposition au compromis.»

«Nous pouvons livrer des marchandises dans un marché de 500 millions de consommateurs au sein de l’Union européenne, rappelle-t-elle. Notre économie d’exportation en profite, et les Suisses en profitent. Cette ouverture fait partie du bien-être du pays. Toutefois, tout a un prix. Schengen recèle des avantages et des inconvénients, ce que l’UDC sait. Mais il faut désormais avancer. Je considère les Suisses comme intelligents, et je pense qu’ils sont fatigués d’écouter ces mêmes rengaines sans vraies propositions de solution.»

Sale temps pour l’UDC

«Le succès du parti dépend de l’étranger, expliquait en juin dernier le politologue Georg Lutz. Or les migrations sont en baisse, l’asile aussi, et la question d’un accord-cadre avec Bruxelles est trop complexe pour s’en servir de manière émotionnelle. Affirmer que la Suisse est en crise à l’heure actuelle est difficile, même pour l’UDC.»

Têtus, les conservateurs pensent vraisemblablement le contraire. L’actualité ne leur facilite toutefois pas la tâche: la semaine dernière, Berne annonçait la suspension du centre fédéral des Verrières (NE), dont l’objectif premier était d’héberger des requérants adultes «au comportement de nature à troubler l’ordre public». Ouvert moins d’une année auparavant, en décembre 2018, le lieu était «largement sous-occupé».

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