Que vont faire l’UDC et le PLR de leur majorité de 101 voix au Conseil national, qu’ils atteignent si l’on inclut les deux élus de la Lega et le représentant du Mouvement des citoyens genevois (MCG)? Cette nouvelle majorité promet de donner de la voix sur un premier dossier sensible: la réforme des retraites.

Il paraît de plus en plus vraisemblable que le compromis ficelé par le Conseil des Etats ne passera pas le cap de ce nouveau Conseil national. Grâce à l’addition des voix démocrates-chrétiens, socialistes, vertes et vert’libérales, la Chambre des cantons avait décidé de compenser la baisse des retraites du deuxième pilier par une hausse des rentes AVS. Le taux de conversion du deuxième pilier ne correspondant plus à la réalité démographique, il doit être abaissé à de 6,8% 6%. Cela a pour conséquence que le capital vieillesse accumulé durant la vie active rapportera moins d’argent chaque année. Pour un demi-million de capital, la rente annuelle sera ainsi de 30 000 francs au lieu de 34 000 francs.

Le Conseil des Etats a décidé de compenser cette baisse de revenu par une augmentation linéaire des rentes AVS de 70 francs par mois et par un relèvement de la rente de couple, qui passerait de 150% à 155% de la rente simple. L’opération serait financée par un relèvement des cotisations AVS de 0,3 point. Ce scénario aura bien de la peine à obtenir l’appui du Conseil national tel qu’il est issu des élections.

Le PLR et l’UDC s’y opposent. «Le projet du Conseil des Etats va trop loin. Il est trop coûteux. On ne peut pas se le payer. Je n’ai aucun problème à traiter conjointement la réforme de l’AVS et celle du deuxième pilier, mais il ne faut pas mélanger les deux. La hausse des cotisations est mauvaise pour l’économie, en particulier pour l’industrie d’exportation car elle renchérit le travail. Et la hausse des rentes ne profiterait qu’à une partie des retraités, ce qui n’est pas équitable», critique Guy Parmelin, président sortant de la Commission de la santé et de la sécurité sociale (CSSS) du Conseil national.

Et la TVA?

«Ce compromis est aussi le fruit d’un échange de bons procédés entre le PS et le PDC, qui ont profité de cette réforme pour sauver une partie de leurs initiatives populaires respectives», ajoute-t-il. Il fait allusion à l’initiative AVS +, qui demande une hausse des rentes AVS de 10% et à l’initiative «Pour le couple et la famille» du PDC, qui veut l’égalité de traitement entre les couples et les concubins actifs et retraités.

Un groupe de travail interne à l’UDC planche actuellement sur des contre-propositions pour compenser les effets de la baisse du taux de conversion. En parallèle, les deux partis de droite ont mené des discussions informelles sur cette réforme dès qu’elle a été transmise au Conseil des Etats. «La question est de savoir s’il faut impérativement tout compenser», relève Guy Parmelin. «La question est de savoir si nous voulons proposer ces compensations lorsqu’il faudra défendre la réforme en votation populaire. En 2004 et en 2010, les syndicats ont prouvé qu’ils pouvaient torpiller les réformes de la prévoyance si elles ne sont pas équilibrées», réplique le démocrate-chrétien Urs Schwaller, l’un des artisans de la réforme ficelée au Conseil des Etats.