L'UDC va-t-elle reprendre les Finances dont s'occupe Eveline Widmer-Schlumpf jusqu'à la fin de l'année? Cette issue est désormais probable. D'une part, elle devrait convenir à la nouvelle majorité que ce parti constitue au Conseil national avec ses partenaires juniors (Lega et MCG) et avec le PLR. D'autre part, aucun signe ne montre qu'un autre conseiller fédéral serait tenté de s'emparer du département en charge du budget, des impôts et de la place financière.

Une fois le nouveau gouvernement constitué, ses membres exprimeront leurs préférences dans l'ordre d'ancienneté: Doris Leuthard d'abord, puis Ueli Maurer, Didier Burkhalter, Simonetta Sommaruga, Johann Schneider-Ammann, Alain Berset et, enfin, l'élu du 9 décembre. Pour les Finances, trois scénarios se dessinent.

Scénario 1: le nouvel élu hérite des Finances

Le plus vraisemblable est que le nouvel élu, quel que soit son nom, succède à Eveline Widmer-Schlumpf et que tous les autres conseillers fédéraux conservent leur porte-feuille actuel. On voit mal Johann Schneider-Ammann, homme issu de l'industrie et président de la Confédération en 2016, manifester la moindre envie de laisser les rênes de l'Economie et de la Formation à quiconque.

Didier Burkhalter a annoncé qu'il souhaitait rester aux Affaires étrangères. L'agenda de Doris Leuthard est si chargé qu'elle ne peut pas lâcher son département: votation sur le tunnel routier du Gothard en février 2016, fonds routier à mener à bon port, achèvement de la stratégie énergétique. Ueli Maurer? Si, comme on le suppose parfois, il compte quitter le gouvernement en cours de législature, on le voit mal reprendre les Finances pour deux ou trois ans.

Les deux socialistes n'ont pas davantage de raisons de changer de département. «Est-il sage qu'un socialiste soit le comptable d'une majorité de droite?», s'interroge le vice-président du groupe parlementaire, Roger Nordmann. Au PS, on se souvient des difficultés qu'Otto Stich avait rencontrées avec la majorité de droite lorsqu'il dirigeait les finances dans les années 90. Il paraît dès lors peu probable qu'Alain Berset ou Simonetta Sommaruga aient très envie de prendre la responsabilité de la trésorerie fédérale. Dans ce cas, il est vraisemblable que le nouvel élu hérite de ce ministère.

Scénario 2: Ueli Maurer passe de la Défense aux Finances

On a beaucoup entendu cette hypothèse ces derniers jours: Ueli Maurer pourrait transmettre la Défense à son nouveau collègue de l'UDC pour se consacrer lui-même au budget. C'est théoriquement possible dans la mesure où les conseillers fédéraux apprécient de changer d'air en cours de mandat. Le cas d'Ueli Maurer est toutefois particulier: il aura 65 ans le 1er décembre et l'on dit qu'il pourrait partir en cours de législature.

C'est en tout cas ainsi que sont analysés les changements qu'il a apportés à son secrétariat général. Les tâches de son état-major ont été confiées au secrétaire général adjoint Christian Catrina, a révélé Zentralschweiz am Sonntag. Et le chef de cet état-major, Yves Bichsel, ancien secrétaire général de l'UDC et ex-bras droit de Christoph Blocher, se verra attribuer une nouvelle mission au sein du secrétariat général. S'il a effectivement l'intention de quitter le gouvernement en cours de législature, on l'imagine mal vouloir mettre la main sur le budget juste pour deux ou trois ans.

Scénario 3: le nouvel élu est placé à Justice et Police

En 2003, lorsque l'Assemblée fédérale a élu Christoph Blocher à la place de Ruth Metzler, le Conseil fédéral lui a confié les rênes de Justice et Police. Ce département était dans le collimateur du patron de l'UDC. On l'a mis à l'épreuve en lui attribuant les dossiers de l'immigration et de l'asile. Il a aussi dû, à contre-coeur, défendre devant le peuple les accords sur la libre circulation des personnes et Schengen.

La tentation pourrait donc être grande de répéter l'exercice et de demander au nouveau conseiller fédéral UDC de piloter l'asile et la migration. Avec la perspective de le voir défendre en votation populaire la nouvelle loi sur l'asile que son propre parti combat par référendum. «Mais ce département a aussi la responsabilité de faire respecter et évoluer l'Etat de droit. Or, l'expérience menée à ce sujet avec Christoph Blocher n'a pas été convaincante», relativise Roger Nordmann.

Ce scénario n'est pas complètement exclu. Mais il impliquerait que Simonetta Sommaruga choisisse un autre porte-feuille. Les possibilités sont rares. Dans ce cas, la socialiste devrait malgré tout hériter des Finances, car on l'imagine mal se mettre à la tête de la défense et de l'armée.

Une grande rocade est-elle envisageable? A priori non. La dernière remonte à 1995, lorsque Moritz Leuenberger a pris le département des Infrastructures jusqu'alors piloté par Adolf Ogi. Celui-ci a hérité sans grand enthousiasme de la Défense pendant que le radical Kaspar Villiger prenait la direction des Finances, où il succédait au socialiste Stich. Un tel scénario a peu de chances de se produire en décembre.