Une nouvelle offensive pour réduire le salaire des municipaux

Initiative «200 000 francs, c’est assez» soumis au vote des Lucernois

Le comité contre «le diktat salarial de l’UDC» s’est formé officiellement jeudi à Lucerne. Les présidents de trois partis bourgeois de la ville, PDC, PLR et Vert’libéraux, ont entamé la campagne – y compris sur Facebook – pour battre en brèche l’initiative de l’UDC «200 000 francs, c’est assez».

Le parti conservateur estime que la rémunération des conseillers administratifs (247 000 francs annuels) est trop élevée et veut la plafonner à 200 000 francs. Il entend réduire aussi le salaire du président à 220 000 francs, alors que celui-ci s’élève à près de 264 000 francs. «L’exécutif de Lucerne s’offre un revenu royal alors que les caisses de la Ville sont vides», fustige Peter With, président de l’UDC local.

Le comité interpartis devra être persuasif s’il veut convaincre une majorité d’électeurs de rejeter ce texte dans les urnes le 8 mars. L’UDC et le Bund der Steuerzahler, une association proche du parti, ont déjà réussi à plafonner les salaires des exécutifs dans trois villes alémaniques: Zurich en 2000, Berne en 2004 et Zoug en 2013. Dans la cité de Zwingli, le maire, qui était alors rémunéré 278 000 francs par année, a vu ses revenus fondre de 20%. Les salaires des autres membres ont été diminués de 13%. A Frauenfeld, l’initiative a été acceptée en 2013, mais un contre-projet privilégié. Bienne s’apprête à voter prochainement sur le même texte.

Revenu similaire à Genève

«La population a de la sympathie pour cette initiative. Surtout en période d’économies budgétaires», admet Claudio Soldati, président du Parti socialiste de Lucerne. «Mais l’initiative est trop rigide et elle force les élus à gagner moins que les hauts cadres de l’administration», critique-t-il.

La gauche appelle à rejeter l’initiative mais elle n’a pas rejoint le comité contre «le diktat salarial de l’UDC». Le slogan et les arguments ressemblent trop à ceux qui lui ont été opposés lors de la votation sur le salaire minimum. «Et ce thème n’est pas une priorité pour nous», justifie le président.

Comme le reste des partis gouvernementaux – l’UDC ne compte aucun élu à l’exécutif de la Ville – le PS milite pour le contre-projet, plus flexible. Les rémunérations d’entrée seraient réduites de moins de 10% par rapport à celles actuelles, puis augmentées de 1% par année jusqu’au plafond de 237 000 francs (253 500 pour le président). «Les revenus doivent pouvoir rivaliser avec ceux offerts dans le secteur privé», fait valoir le comité interpartis.

Les élus lucernois ont déjà décidé fin 2013 de réduire leur salaire de 6,5% pour 2015 et 2016, dans le cadre d’un paquet d’économies. «Ce n’est pas suffisant, attaque Peter With. Ils touchent une rémunération plus élevée que dans la plupart des villes suisses.» Parmi les grandes municipalités suisses comme Lausanne, Genève, Saint-Gall ou Coire, la rémunération n’est pas moindre et oscille autour des 250 000 francs. Zurich s’en approche, malgré le plafond initial de 220 000 imposé par l’initiative.

Autre argument avancé par l’UDC: «Un conseiller administratif ne doit pas gagner plus qu’un haut cadre au bénéfice d’une formation et d’une expérience importante.» Ce que contestent les autres partis: «Un élu est soumis à la pression des médias et de la population. Il ne peut pas séparer sa vie privée et publique, ni compenser ses heures supplémentaires. Il mérite de recevoir davantage que les hauts fonctionnaires», souligne Luzia Vetterli, présidente de la Commission de gestion, qui a élaboré le contre-projet.