«Nous devons retrouver la concordance, garante de la stabilité de la Suisse.» Ce samedi, dans le décor champêtre de la salle de gym de la caserne de Chamblon, en dessus d’Yverdon, la présidence de l’UDC a martelé les fondamentaux devant près de 500 délégués du parti. Un discours ferme en vue de l’élection au Conseil fédéral du 14 décembre, où l’UDC entend récupérer son deuxième siège. Un discours rassembleur, aussi, après la crise qui a suivi le retrait de Bruno Zuppiger de la course au Conseil fédéral. Une démarche utile: dans la salle, plusieurs délégués fustigeaient «la légèreté» de la présidence d’avoir retenu un candidat fragilisé.

Serait-ce le contre-coup de la tempête de ces derniers jours? Lors de son allocution, Toni Brunner, est apparu éteint, loin de la verve combative qui le caractérise. Le président de l’UDC a plaidé pour la concordance sans abuser des effets de manche. Il a précisé un point important en vue de l’élection de mercredi. Si l’UDC ne récupère pas son deuxième siège, elle ne sortira pas du Conseil fédéral, du moins pas immédiatement. Elle discutera de son avenir au Conseil fédéral lors de sa prochaine assemblée, le 28 janvier prochain à Berg, dans le canton de Thurgovie.

Christoph Blocher a remobilisé les délégués avec un discours très offensif contre les journalistes, «toujours présents en nombre quand il se passe quelque chose de négatif». Il a évoqué «le cas Zuppiger» en lançant des fleurs à la Weltwoche, qui a fait «du bon boulot, qui a dit la vérité». Plus tard, entouré par les micros et les caméras, le tribun zurichois a minimisé l’épisode. «On a retenu Bruno Zuppiger selon les informations qui étaient à notre disposition. La vérité qu’on a lue dans la Weltwoche était différente. On en a tiré les conséquences. C’est un accident, cela peut arriver dans tous les partis.»

Le vice-président de l’UDC a exclu de répondre à l’ultimatum du PS, qui demande à son parti de dire d’ici mardi s’il souhaite attaquer le PLR le 14 décembre – et obtenir ainsi le soutien de la gauche. «La concordance dit que les trois plus grands partis du pays ont deux sièges et le quatrième un. L’objectif des socialistes est clair: ils veulent que ce soit l’UDC qui casse la concordance.» Sur le scénario qui suivra un éventuel échec pour le deuxième siège, Christoph Blocher s’est montré moins affirmatif que Toni Brunner: «Nous en discuterons au sein du groupe avant mercredi.»

Christoph Blocher a ironisé sur les commentaires peu flatteurs qui ont suivi la décision de l’UDC de choisir Hansjörg Walter pour remplacer Bruno Zuppiger. «Les autres partis étaient prêts à l’élire en 2008, alors qu’il n’était même pas candidat. Aujourd’hui, il est notre candidat officiel et on entend qu’il n’est pas possible de voter pour lui. C’est la preuve qu’ils ne veulent pas nous donner un deuxième siège au Conseil fédéral. Pourquoi on ne veut pas de nous? Car nous sommes les défenseurs de la Suisse, de ses valeurs, de son indépendance et de sa souveraineté.»

L’assemblée s’est terminée en début d’après-midi avec le vote, à l’unanimité, d’un manifeste demandant aux autres partis et au parlement de rétablir la concordance le 14 décembre. Avec une conviction répétée en boucle: «Il est plus important que jamais que les quatre principaux partis du pays soient représentés au gouvernement alors que des turbulences économiques se profilent à l’horizon et que l’indépendance de la Suisse est menacée.»