Tendances

L’UDC recule dans les agglomérations

Le parti populiste, très implanté dans les régions périurbaines, perd des plumes au profit de la gauche dans ses bastions alémaniques

L’UDC se voit talonnée par la gauche sur ses propres terres. Au cours des derniers mois, le parti a essuyé plusieurs revers électoraux dans les zones périurbaines alémaniques au profit de ses adversaires.

Lundi, à l’issue des élections communales, la Neue Zürcher Zeitung dressait le bilan: sur 150 sièges dans les parlements de 13 villes zurichoises, le parti blochérien en perd 24, tandis que le PS en gagne 16. Après la débâcle des partis bourgeois aux élections municipales zurichoises de début mars, le glissement à gauche se confirme jusqu’en périphérie. Surprenant, tant l’agglomération est d’ordinaire acquise au parti de la droite nationaliste.

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Classe moyenne conservatrice

Lors des élections de 2015, l’UDC renforçait encore son profil de parti des zones résidentielles périurbaines dans les cantons de Zurich, d’Argovie, de Schaffhouse et de Schwytz. Elle trouve un terreau favorable auprès d’une classe moyenne conservatrice, qui préférerait que rien ne change.

La tension autour des sujets fétiches de l’UDC est retombée. Cela se traduit aussi dans les résultats électoraux

Michael Hermann, politologue

Mais l’Argovie avait déjà donné le ton en automne dernier: lors des élections communales, le parti populiste y avait perdu une quinzaine de sièges, le plus souvent au profit du PS. Puis il y a eu les élections cantonales bernoises, en mars: bien que l’UDC reste le premier parti du canton avec 26,8%, elle a perdu trois sièges (-2%), tandis que le PS en a remporté cinq. Les signes avant-coureurs d’un renversement de tendance?

«Par le passé, l’UDC a déjà subi des pertes dans l’agglomération avant de revenir en force», nuance le politologue zurichois Michael Hermann, qui explique les derniers résultats par un «effet de pendule»: «La population réagit beaucoup plus rapidement que par le passé. Les thèmes fétiches de l’UDC – immigration, relations avec l’Europe et sécurité –, en plein boom il y a quatre ans, ont permis à celle-ci de gagner des voix. Aujourd’hui, la tension autour de ces sujets est retombée. Cela se traduit aussi dans les résultats électoraux.»

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Banlieues en transformation

Pourtant, estime le politologue, si l’on associe ce recul électoral et les camouflets lors de plusieurs votations populaires récentes, l’UDC est bel et bien à la peine. «La tension entre establishment et population, à la base de sa montée en puissance, tend à s’amenuiser.»

Autre explication: ces communes situées à quelques kilomètres de Zurich, qui comptent plusieurs dizaines de milliers d’habitants, se transforment et s’urbanisent. Or l’UDC n’apporte pas de réponse aux nouvelles préoccupations de ces communes, similaires à celles des grandes: transport, caisses maladie, places en crèche. La gauche alémanique, en revanche, a su tirer son épingle du jeu.

Jacques Lévy, géographe et urbaniste à l’EPFL, observe l’ascension autour de ces thématiques proprement urbaines d’une gauche alémanique pragmatique: «Ouverte à l’innovation culturelle et sociale, bien vue du monde de l’innovation et des start-up, elle parvient à capter un électorat plus large que la gauche romande, plus classique, qui a tendance à se focaliser sur le rôle de l’Etat.»

Opposition irréconciliable

Autre hypothèse: l’évolution démographique des communes de l’agglomération. L’habitant type des régions périurbaines s’est installé à côté de la ville par choix, préfère être propriétaire que locataire, privilégie la voiture au train. Il a sans doute été rejoint par des citadins plus jeunes, à sympathie rose-verte, chassés du centre-ville par le renchérissement des loyers ou attirés par la proximité de la nature. «Les frontières se déplacent. Mais le recul relatif de l’UDC dans les communes de l’agglomération ne signifie pas qu’il y ait un déclin du premier parti de Suisse», estime toutefois le spécialiste de géographie politique. Les grands clivages entre les zones périurbaines et la ville restent plus que jamais d’actualité: «Bien qu’ils se côtoient, l’électorat de la gauche zurichoise n’a jamais été aussi éloigné de celui de l’UDC. Les divisions entre conservateurs et progressistes se creusent et reflètent des oppositions qui semblent irréconciliables sur la vie en société.»

Tensions au sein de l’UDC

Au sein de l’UDC, ces échecs à répétition créent des remous. La direction du parti critique la paresse d’une base qui se serait «endormie» sur ses acquis. Plusieurs responsables des sections locales se sont aussitôt rebellés dans la presse alémanique, reprochant aux pontes de l’UDC de ressasser toujours les mêmes thèmes. Pire encore, pour celui qui se targue d’être le parti du peuple: Christoph Blocher et son entourage se voient qualifiés, dans leurs propres rangs, d’élites éloignées du peuple. Chef du groupe au parlement, Adrian Amstutz relativise «trois ou quatre voix critiques ne reflètent pas l’ensemble de la base de 80 000 membres», dit-il. Quant aux claques dans les urnes: «Nous partons de haut. Ces fluctuations électorales ne doivent pas faire oublier que l’UDC a vingt ans de victoires derrière elle. Nous continuerons à politiser sur les thèmes importants: indépendance, liberté et neutralité, et le sauvetage de l’AVS.»

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