Le psychodrame qui a débuté vendredi autour de l’affaire libyenne et de sa gestion laisse nombre de questions ouvertes. Malgré les demi-vérités et les quarts de mensonges qui obscurcissent l’atmosphère, malgré l’opération d’enfumage organisée par le PS venant à la rescousse de sa conseillère fédérale, on y voyait tout de même mercredi un peu plus clair.

Hans-Rudolf Merz a sans doute tort, mais c’est bien la note qu’il a soumise au Conseil fédéral vendredi qui a donné le coup d’envoi à ce nouvel épisode. Le ministre des Finances s’y plaignait de ce que des opérations de récupération des otages aient été organisées dans son dos et qu’on l’ait laissé aller négocier innocemment à Tripoli et à New York avec ce lourd handicap. Cela ne veut pas nécessairement dire, même si ce n’est pas exclu, que ce soit l’entourage de Hans-Rudolf Merz qui ait organisé les fuites responsables d’une intense agitation durant et au-delà du week-end.

La polémique a d’ores et déjà été récupérée mercredi par l’UDC, qui trouve une nouvelle occasion de dénigrer le Conseil fédéral et de présenter un certain nombre d’exigences. Prenant a posteriori au pied de la lettre l’argument qui décrit l’ONU comme la défenderesse des droits de l’homme, de la sécurité, de la paix et des règles de l’Etat de droit, l’UDC demande que la Suisse exige de l’ONU qu’elle condamne la Libye pour sa prise d’otages. Le parti demande également un bilan de l’utilité de Schengen et une remise en question de la participation de la Suisse. Il annonce des interventions parlementaires destinées à empêcher le Conseil fédéral de verser des rançons et demande la dissolution immédiate du DRA 10. Le détachement de reconnaissance de l’armée est un jouet trop dangereux pour le laisser entre les mains du Conseil fédéral, affirme notamment le Neuchâtelois Yvan Perrin. L’UDC se focalise comme il en a l’habitude sur Micheline Calmy-Rey, en demandant sa démission.

Cela tombe évidemment à pic dans l’attente du rapport sur la politique de sécurité qui donne tant de souci à Ueli Maurer et dont le Conseil fédéral devait discuter mercredi. L’UDC a tout intérêt à présenter les opérations de récupération des otages, planifiées à une ou des dates non précisées, comme des véritables opérations militaires équivalant à une sorte d’invasion du territoire étranger et appelant riposte sur le territoire suisse, dès lors qu’elle entend les utiliser comme argument pour exclure définitivement l’engagement de l’armée à l’étranger.

Un argument s’oppose aux accusations de Hans-Rudolf Merz. Micheline Calmy-Rey s’est elle-même rendue à Tripoli en mai 2009, soit deux mois avant le président de la Confédération. Donc elle aurait été exposée au même désagrément ou au même handicap, à moins que quelque chose ne se soit passé entre ces deux déplacements à Tripoli, ce qui paraît peu vraisemblable.

Il apparaît en effet qu’Ueli Maurer a été mis au courant de ces opérations dès son arrivée au DDPS au début de 2009 et qu’il y a mis fin. L’idée d’une récupération des otages aurait été définitivement abandonnée au mois de mai 2009.

La nature des opérations planifiées et leur degré de préparation jouent un rôle central dans cette affaire. La ligne de défense de Micheline Calmy-Rey est que ce degré de préparation n’était pas assez avancé pour justifier l’information du Conseil fédéral au sens de l’ordonnance concernant l’engagement de la troupe pour la protection de personnes et de biens à l’étranger, qui laisse il est vrai place à une large interprétation.

Les milieux du renseignement tiennent par ailleurs à faire une claire distinction entre opérations de renseignements, justement, et opérations militaires. Et question renseignements, l’Afrique subsaharienne est loin d’être une terre inconnue pour les spécialistes helvétiques.

La présidente de la Confédération affirmait pour sa part lundi avoir demandé un avis de droit sur la légalité de ces actions. Cet avis de droit a été rendu et donnerait tort à Micheline Calmy-Rey. Mais comme le Conseil fédéral a classé ces documents secrets, il faut croire ces déclarations sur parole, au moins jusqu’au dépôt du rapport de la commission de gestion. D’ici là, la déclaration pas totalement limpide de Doris Leuthard était destinée à exprimer une claire réprobation à l’endroit de la ministre des Affaires étrangères.