Former des religieux musulmans en Suisse pour empêcher l'importation des idées islamistes radicales? La proposition gagne du terrain. Dimanche, le secrétaire général de la Conférence des évêques suisses (CES), Agnell Rickenmann, l'a défendue dans un entretien à la NZZ am Sonntag. Selon lui, il est important que les prédicateurs islamiques connaissent la culture helvétique: «Il y a un monde entre le discours de l'imam d'une mosquée albanaise, qui se meut dans un contexte culturel européen, et celui d'un chef spirituel arabe, qui ne parle aucune des langues nationales et ne sait que quelques mots d'anglais», constate-t-il. Il est en outre favorable à ce que l'Etat assure le pilotage de telles formations.

Pas une tâche de l'Etat

L'UDC, en revanche, est totalement hostile à ce projet. Son président, Ueli Maurer, estime en effet qu'«un certain fondamentalisme» existera toujours en islam: «C'est une partie de cette religion et ça le restera», a-t-il expliqué au Temps. Il s'oppose à une formation islamique soutenue par l'Etat dans ce pays essentiellement chrétien qu'est selon lui la Suisse. «Ce n'est pas une tâche dont la Suisse doit se charger. S'il y a des problèmes d'intégration, on ne les résoudra pas avec une chaire universitaire, mais en réduisant le nombre d'immigrés.» Selon lui, l'influence de l'islamisme en Suisse a été largement exagérée: «Il ne s'agit que de quelques dizaines d'individus. Avec 95% des musulmans, il n'y a aucun problème. On doit respecter leur religion et ne pas essayer de changer leur façon de penser.»

Interrogé sur le sujet à la télévision alémanique, le conseiller fédéral Moritz Leuenberger a évoqué l'idée, lancée aux Pays-Bas, de n'autoriser plus que les imams ayant suivi une formation en Europe à prêcher dans les mosquées. Selon lui, elle représente une possibilité pour éviter les appels à la violence.

L'incitation à la violence est déjà un délit puni par le Code pénal suisse, a rappelé Moritz Leuenberger. Cette mesure n'est pas dirigée contre la religion, mais ses dérives.

Auparavant, l'idée de former les religieux musulmans en Suisse avait été évoquée à titre personnel par le coordinateur des services de renseignement helvétiques, Jacques Pitteloud. Cette proposition a aussi été discutée au sein de la Commission de politique de sécurité du Conseil des Etats, qui est en train de rédiger un catalogue de mesures liées au thème de l'extrémisme islamiste en Suisse (LT du 18.11.2004).