L'Union démocratique du centre (UDC) aiguise son profil de parti d'opposition et de parti anti-étrangers. Samedi à Genève, ses délégués ont dit oui à l'initiative qui veut plafonner à 18% la population étrangère en Suisse. L'UDC est ainsi le seul parti gouvernemental qui prône l'inscription d'un quota d'étrangers dans la Constitution.

Emmenée par Ulrich Schlüer, qui fut dans les années 70 le secrétaire du Parti républicain fondé par le xénophobe James Schwarzenbach, l'aile la plus conservatrice du parti a eu gain de cause contre l'aile la plus proche de l'économie. Ce résultat traduit la mue du parti qui s'est renforcé lors des dernières élections en flattant l'électorat de l'extrême droite: qu'on se souvienne de son affiche controversée où un étranger dépeint en criminel déchirait le drapeau suisse pour se faire une place dorée dans notre pays.

Dans l'intérêt des entreprises, la direction de l'UDC préconisait pourtant le rejet de l'initiative des «18%». Pour le même motif, la section zurichoise, habituellement si influente dans l'UDC suisse, avait aussi décidé, cet été, de combattre cette initiative. Elle suivait alors la consigne de ses deux ténors, Christoph Blocher et Walter Frey, tous deux riches entrepreneurs sur les rives dorées du lac de Zurich. La base nationale du parti n'a toutefois pas voulu s'en laisser conter. A l'issue d'un débat empreint d'agressivité et d'émotions, 151 délégués ont imposé le oui, le non récoltant 109 voix.

Commentant le vote, Ueli Maurer en désamorçait aussitôt la portée en dénigrant au passage un parti concurrent: «L'UDC ne fait que dire oui à une initiative radicale»… Une allusion au combat que mène, à la tête des initiants, l'Argovien Philipp Müller, certes radical, mais que son parti n'a pas entendu samedi à Préverenges. Les délégués radicaux ont recommandé sans équivoque le rejet de l'initiative, de même que le PDC. Le président de l'UDC a encore déclaré au Temps: «Ce n'est pas la première fois que je suis désavoué, mais où est le problème? Notre recommandation, qui constitue pour moi une surprise, résulte d'un débat et d'un vote démocratiques. Et de toute façon, même si l'initiative devait être acceptée par le peuple, elle serait inapplicable.»

Machine incontrôlable

Tant de légèreté n'est sans doute pas étrangère au fait que l'UDC devient toujours plus une machine incontrôlable. D'ailleurs, samedi, on cherchait vainement dans l'assemblée un partisan du non capable de faire le poids. Les ténors de l'UDC, tous proches de l'économie, étant absents – à commencer par Blocher et Frey – c'est à l'agriculteur vaudois André Bugnon que fut confiée la responsabilité de défendre le non. Il s'acquitta de son devoir dans un brouhaha jamais interrompu par le président. Et ce ne sont pas ses laborieux efforts de conclure son intervention par un laïus en allemand qui pouvait changer la donne. Désabusé, il en convenait volontiers à l'issue des débats.

Source de tous les maux

Au fil des interventions, les partisans de l'initiative ont dépeint les étrangers comme la source de tous les maux: difficile scolarisation des enfants suisses, criminalité galopante, insécurité croissante, places de travail volées aux Suisses, marché de la drogue en croissance… L'«incapacité légendaire» du Conseil fédéral à empêcher la hausse de la population étrangère a été violemment critiquée. En face, les partisans du non ont défendu que l'économie suisse a plus que jamais besoin d'étrangers, et que les immigrés «à problèmes» – les mal intégrés, les criminels, les clandestins, etc. – ne seraient pas gênés par l'initiative.

Les délégués ont dû sortir sous les sifflets d'une septantaine de manifestants venus dire, à l'appel de l'extrême gauche genevoise, tout le mal que leur inspire une «UDC xénophobe et antisociale». Inquiet pour l'intégrité de ses délégués, le parti a fait appel à la protection de la police. Sans doute une première dans la vie politique suisse de l'après-guerre. Se faisaient face deux populations irréconciliables: d'un côté la Suisse rurale et conservatrice; de l'autre la Suisse urbaine et alternative. La haine était réciproque et l'intolérance partagée. On en est toutefois resté à des débordements modérés: un échange d'insultes; des jets de terre et de citrons de la part des manifestants; des bras d'honneur de la part de certains délégués UDC.