Suisse-UE

L'UDC renforcée face à l'Union européenne

Sa large victoire de dimanche conforte l'UDC dans sa radicalisation face à l'UE et dans son opposition à la libre circulation. D'autant plus que les autres partis peinent à définir une stratégie commune pour une application eurocompatible de l'article «contre l'immigration de masse»

Même si les dirigeants de l’UDC, à commencer par le président Toni Brunner, ont affiché un ton conciliant et sans triomphalisme au soir de leur succès électoral, ils ne lâcheront rien sur la mise en œuvre de l’article «contre l’immigration de masse». Avec une progression de 2,8% et un gain de onze sièges à la chambre basse, la droite nationale se sent plus légitimée que jamais à exiger «une application loyale de l’article 121a».

D’autant plus qu’elle sent bien que les autres formations, PLR, PDC, PS et Verts, sont loin de constituer un front solide en faveur d’une solution flexible, compatible avec les accords bilatéraux. «Les autres partis n’ont cessé de mettre en garde les électeurs contre les risques que constituerait, selon eux, une application stricte de l’article constitutionnel. Malgré cela le peuple suisse a confirmé sa confiance dans l’UDC. Nous avons fait campagne sur le thème de la migration, on ne peut donc pas prétendre que les électeurs n’étaient pas informés sur cette question», répète le conseiller national Yves Nidegger (GE).

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Les relations avec l’UE, dossier essentiel pour le Conseil fédéral

La question des relations avec l’Union européenne, notamment la compatibilité du frein à l’immigration avec l’accord sur la libre circulation et un éventuel accord-cadre, sera le plus important dossier dont le Conseil fédéral devra se saisir après les élections. Il devrait en débattre le 28 octobre, avant de soumettre aux nouvelles Chambres fédérales, en janvier, le projet définitif de loi d’application. Or, disent les ténors de l’UDC, «il serait incompréhensible que le gouvernement fasse comme si le peuple ne lui avait pas envoyé un message clair»

«Aujourd’hui, avec la progression de l’UDC, la Suisse est dans une bien meilleure position pour négocier avec une Union européenne affaiblie et en crise sur les migrations précisément, ajoute Yves Nidegger. L’UE sera fatalement amenée à faire des concessions». A l’UDC, on ne croit pas que Bruxelles ait un intérêt à actionner la clause guillotine sur des accords tels que les transports terrestres ou l’agriculture.

Mais le député genevois se veut conciliant: «On s’est beaucoup engueulé entre Suisses mais sans faire de propositions précises à Bruxelles. Il est temps de nous mettre d’accord sur une application honnête et on verra bien la réaction des Européens». Mais il admet tout de même qu’il sera difficile de convaincre les partenaires gouvernementaux, y compris le PLR. C’est bien ce que confirme la vice-présidente libérale-radicale, Isabelle Moret. Il y a 70% d’électeurs à ne pas avoir suivi l’UDC, rappelle-t-elle. Dès lors il y aura forcément une majorité aux Chambres fédérales pour adopter une solution conforme à l’accord sur la libre circulation et qui ne mette pas en danger la relation avec l’UE.

Le PLR, qui se sent désormais appelé à jouer un rôle de pivot entre le centre gauche et l’UDC, pourrait ainsi s’appuyer sur l’UDC pour limiter les mesures d’accompagnement sociales – salaires minimaux dans certaines branches, protection des travailleurs âgés, logement – exigées par le PS. Et en même temps, le PLR imagine bien que l’attachement viscéral du PS aux relations bilatérales lui fera avaler la couleuvre. Mais, précise Isabelle Moret, il y aura fatalement un référendum sur la loi de mise en œuvre. Il faudra donc que les Suisses aient le sentiment que Berne et Bruxelles ont compris leurs inquiétudes.

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La libre circulation, premier grand test du nouveau parlement

La libre circulation sera le premier grand test du nouveau parlement et de la majorité de droite, reconnaît la socialiste Cesla Amarelle. Le problème, selon elle, c’est que sans avancées concrètes dans les mesures d’accompagnement, il sera difficile d’obtenir le soutien de la base socialiste et syndicale. Pas question donc d’être le jouet des stratégies du PLR. Autre incertitude: l’orientation que prendra le PDC. Avec le départ du président Christophe Darbellay s’ouvre une ère d’incertitude sur le choix de son successeur. Avec le Zougois Gerhard Pfister, ce serait un net virage à droite. Alors que l’UDC se sent confortée dans sa fermeté, le camp des partisans d’une application souple aborde le dossier en ordre dispersé.

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