Les démocrates du centre restent extrêmement sceptiques à propos du geste du Parti socialiste qui n'exclut plus d'élire l'un des leurs au Conseil fédéral à la place d'un démocrate-chrétien. Publiquement, le secrétaire général de l'UDC, Gregor Rutz, réduit carrément l'attitude des socialistes à une simple «tentative de meubler le creux de l'été» avant les élections fédérales du 19 octobre. Le conseiller national Hans Fehr juge d'ailleurs cette manœuvre plutôt habile: «Ils mettent les girouettes du PDC sous pression pour les ramener à une politique de gauche, surtout dans le domaine social.»

Prudence de mise

Reste que, même si leurs chances demeurent très minces en raison de l'ambiguïté des socialistes (lire ci-dessus), les démocrates du centre peuvent pour la première fois, depuis leur ascension comme principale force politique du pays, espérer obtenir un second siège au Conseil fédéral. Personne en effet, même dans les rangs du parti, n'avait vraiment pris au sérieux les deux candidatures kamikazes précédentes: celle de Christoph Blocher (ZH), en 1999, et celle du sympathique menuisier Toni Bortoluzzi (ZH), en décembre dernier.

En fait, à moins d'attendre la démission de l'un des deux conseillers fédéraux PDC Ruth Metzler ou Joseph Deiss – ce qui n'aura en principe pas lieu avant plusieurs années – la réélection du gouvernement du 10 décembre est l'occasion ou jamais pour l'UDC d'obtenir ce qu'elle veut. Cela explique en partie son attitude assez prudente dans ses commentaires sur l'avance du PS.

Comme le reconnaît Christoph Blocher lui-même, obtenir un second conseiller fédéral reste en effet un «objectif important» dans sa logique de conquête du pouvoir. Prudent, il refuse pourtant de dire s'il prend l'offre socialiste au sérieux, et explique, un peu embarrassé, préférer attendre le soir du 19 octobre avant de se prononcer. Car même si, pour lui, la démocratie directe reste l'instrument privilégié pour défendre les idées du parti, une meilleure représentation au gouvernement constitue aussi un moyen intéressant de gagner en influence. «En aucun cas, prévient-il cependant, nous ne changerons notre politique pour qu'on nous accorde ce deuxième siège.» «Et il est exclu qu'on nous élise une Brigittli [la conseillère nationale grisonne Brigitta Gadient, qui est très à gauche par rapport à la ligne du parti]», s'empresse de préciser Christoph Mörgeli, le stratège de l'UDC zurichoise. L'Argovien Ulrich Siegrist et la Bernoise Ursula Haller figurent également sur la liste des parias du parti. Si l'on ajoute à cela que l'élection d'un deuxième conseiller fédéral zurichois aux côtés de Moritz Leuenberger est a priori exclue et que le parlement semble vacciné contre une candidature en dehors du sérail, on voit mal comment les socialistes et les démocrates du centre pourraient s'accorder sur une candidature. Mais peut-être qu'une solution se dessinera lors du match de football organisé entre socialistes et UDC en septembre, et auquel démocrates-chrétiens et radicaux ne sont invités qu'en simples spectateurs…