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Kevin Grangier quittera son poste de chef de campagne de l’UDC pour la Suisse romande.
© Keystone / Jean-Christophe Bott

Parti politique

L'UDC romande entre en turbulence

Le chef de campagne de l’UDC pour la Suisse romande, Kevin Grangier, quittera son poste à la fin du mois. Une démission surprise qui intervient quelques jours seulement après celle des présidents des sections neuchâteloise et fribourgeoise et qui fragilise un parti en manque de relève

Y a-t-il le feu dans la maison UDC de ce côté-ci de la Sarine? Huit mois seulement après son entrée en fonction, le Vaudois Kevin Grangier quittera son poste de chef de campagne pour la Suisse romande à la fin de ce mois. Une démission qui surprend de la part de l’un des grands artisans de la victoire de Guy Parmelin et qui était censé piloter les campagnes de votations en vue des élections fédérales de 2019.

Le rapide départ de Kevin Grangier interpelle d’autant plus qu’il intervient juste après deux fracassantes démissions, celles de deux présidents de section cantonale romande, annoncées il y a juste quelques jours. Ainsi, ce week-end, le Fribourgeois Ruedi Schläfli mettait un terme à son mandat avec effet immédiat. L’agriculteur, ancien champion de lutte, n’a jamais réussi à s’imposer et à rassembler; il s’en va sur fond de guerre interne ouverte dans le sillage de son échec lors de l’élection complémentaire au Conseil d’Etat fribourgeois.

Champ de ruines à Neuchâtel

La veille, c’est Stephan Moser, le président de l’UDC neuchâteloise, qui jetait l’éponge dans un contexte pour le moins chahuté. Après avoir perdu plus de la moitié de ses sièges au Grand Conseil en 2017 et avoir «divorcé» d’avec son conseiller national, Raymond Clottu, le parti neuchâtelois n’est plus aujourd’hui qu’un champ de ruines. La section pourrait faire appel au revenant Yvan Perrin pour la présider, une éventualité que ce dernier n’écarte pas.

Le tableau paraît des plus sombres. Contacté, Kevin Grangier rejette cependant tout lien entre les crises qui ont amené les démissions des deux présidents de parti et son propre départ. «J’ai eu une opportunité d’emploi dans le secteur privé en reprenant le poste de directeur de la communication d’un groupe actif en Suisse et à l’étranger, assure le Vaudois. Après dix ans passés dans les organes du parti, j’avais besoin d’un nouveau défi et de sortir de ma zone de confort.» Il assure d’ailleurs qu’il restera engagé à l’UDC au niveau politique.

Démissions en rafale

Ces départs en rafale font néanmoins tache à une année seulement des élections de 2019. L’échelon fédéral reste le maillon fort de l’UDC romande, qui compte onze parlementaires, alors qu’elle peine toujours à s’imposer au niveau tant communal que cantonal. Le parti n'a ainsi plus aucun conseiller d’Etat dans des cantons francophones, si on excepte le Jurassien bernois Pierre-Alain Schnegg.

Lire aussi: L’UDC recule dans les agglomérations

De son côté, le conseiller national Jean-François Rime, poids lourd de la délégation romande à Berne, ne s’inquiète pas: «Il nous reste plus d’une année avant les élections fédérales.» Le Fribourgeois ne voit aucun parallèle à tirer entre les différentes démissions. «Les situations sont tellement différentes entre une UDC neuchâteloise toute jeune et une UDC fribourgeoise solide, fondée en 1930 et qui compte deux parlementaires.»

La génération Blocher

Reste que si les contextes diffèrent d’un canton à un autre, ces démissions restent les symptômes d’un même mal, l’incapacité de l’UDC romande à se renouveler après des années de succès. Pour rappel, les élections fédérales de 2003 marquaient l’explosion du parti agrarien en terre francophone, emmené par un quatuor de fortes personnalités: Guy Parmelin (Vaud), Jean-François Rime (Fribourg), Oskar Freysinger (Valais) et Yvan Perrin (Neuchâtel). On va l’appeler la génération Blocher.

Sous perfusion de la Suisse alémanique, le parti va grandir rapidement en Suisse romande, peut-être trop. «L’UDC va progresser plus vite en termes d’électorat que de personnel politique», constate le politologue Pascal Sciarini. Alors que dans d’autres partis les politiciens doivent souvent patienter plusieurs années pour être élus, passant par la case du militantisme, de nombreux UDC se sont rapidement retrouvés sur des listes électorales sans forcément le bagage nécessaire. «Nous avons pourtant essayé de compenser ce manque en misant sur la formation de nos membres, en leur offrant des cours, notamment de communication», reconnaît Yvan Perrin. Hélas, cela n’a pas suffi. La relève manque en Suisse romande. «Si vous me le demandez, je serais bien incapable de vous citer un nom», admet l’ancien conseiller d’Etat.

Formation hiérarchisée

Pascal Sciarini voit un autre élément dans ces difficultés. «Dans une formation aussi hiérarchisée, l’UDC n’a pas pu compter en Suisse romande sur des figures telles que celle d’un Christoph Blocher. En l’absence de telles personnes incontournables, on s’est vite retrouvés avec des combats de sous-chefs.» Des conflits qui vont déchirer le parti, à l’image des affaires Voiblet et Despot qui ont durablement affaibli la section vaudoise, historiquement la plus forte.

Lire aussi: L’UDC, de Christoph à Magdalena Blocher

Pourtant, nombreux étaient ceux qui pensaient, en décembre 2015, que l’élection de Guy Parmelin au gouvernement donnerait un nouvel élan au parti en Suisse latine. Il n’en a rien été. «Longtemps, avoir un conseiller fédéral francophone faisait poliment sourire, se souvient Yvan Perrin. On s’est fortement engagés. Et quand on y est finalement arrivés, il a régné comme un sentiment d’aboutissement et on a cessé de se battre… Et quand on dépose les armes, on passe vite d’Austerlitz à Waterloo…»

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