Depuis plus d’un an, l’UDC désavoue la politique du Conseil fédéral dans sa gestion de la pandémie du Covid-19. Mais pour la première fois, elle le fait lors d’une votation dont l’issue apparaît très incertaine, celle qui a trait à la loi covid. Lors de son assemblée des délégués de Granges-Paccot (FR), l’UDC s’est opposée farouchement aux derniers amendements de cette loi sur le score sans appel de 181 voix à 23. Elle appuie ainsi le référendum lancé notamment par le mouvement citoyen des Amis de la Constitution, qui a abouti en quelque trois semaines.

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Lors de la première votation sur la loi covid le 13 juin dernier, le premier parti de Suisse s’était montré beaucoup plus réservé, laissant la liberté de vote. Le peuple l’avait approuvée à une majorité de 60%, sensible au fait que cette loi constituait la base juridique ayant permis de débloquer de nombreuses aides financières aux secteurs les plus touchés par la crise. Pour la seule année 2020, la Confédération avait dépensé 11 milliards de francs accordés aux entreprises grâce à l’instrument de la réduction de l’horaire de travail (RHT).

«Une société à deux vitesses»

Aujourd’hui, on ne parle plus de gros sous. Après le premier vote du parlement en septembre 2020, le législatif a encore amendé la loi en fixant les exigences applicables au certificat sanitaire et en matière de traçage. «Un nouveau durcissement de la loi», s’offusquent les Amis de la Constitution, qui ont donc lancé un nouveau référendum en affirmant que «la Suisse libre ne veut pas d’une dictature sanitaire».

Reste que la situation épidémiologique est préoccupante, certains directeurs d’hôpitaux craignant déjà une possible surcharge de leurs lits de soins intensifs. Déjà opposé à la loi en juin dernier, Jean-Luc Addor (UDC/VS) balaie l’argument. «D’aucuns agitent cet épouvantail, mais je doute que cette fois la peur fonctionne, car rien n’indique que notre système hospitalier risque d’être engorgé. Sous l’angle de la proportionnalité, la situation sanitaire ne justifie pas ce sacrifice de nos libertés, avec la création d’une société à deux vitesses et une forme d’apartheid qui est aujourd’hui déjà une réalité.»

Si le peuple refuse le 28 novembre prochain la loi covid amendée, il supprimera le certificat covid, qui restera pourtant probablement requis par les compagnies aériennes pour les déplacements à l’étranger. Une fois de plus, Jean-Luc Addor rejette l’objection. «Pour éviter ce risque, il suffit de reprendre ma proposition, refusée par le Conseil national, de réserver l’usage d’un tel document aux voyages à destination des pays qui l’exigent», rétorque-t-il.

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La campagne s’annonce rude pour les partisans de la loi, qui sont privés cette fois de leur argument massue qu’étaient les aides financières. «Cette campagne sera plus compliquée que la première. L’UDC adresse un très mauvais message à la population, dont une partie manifeste envers la science une défiance que je peine à comprendre», relève Brigitte Crottaz (PS/VD), médecin et conseillère nationale. «Il s’agira de bien expliquer les tenants et les aboutissants de la votation», ajoute-t-elle.

Le «double langage» des antivax

Selon Benjamin Roduit (Le Centre/VS), les enjeux sont clairs. «Il n’y a pas d’alternative à la vaccination», note celui qui est aussi membre de la Commission de santé (CSSS) du Conseil national. Lors de sa réunion du 20 août dernier, celle-ci a lancé un nouvel appel à la vaccination, sur la base du fait que 98% des patients covid hospitalisés ne sont pas vaccinés. «L’UDC fait de la récupération politique en capitalisant sur les mécontents», déplore-t-il encore. Pour sa part, son collègue de commission se montre plus confiant. «Malheureusement, la pandémie ne sera pas derrière nous en novembre prochain. Ce sera une bonne occasion de souligner que nous n’aurons pas d’autre solution que le certificat covid pour éviter un nouveau confinement», déclare-t-il.

Il est vrai que l’évolution de la situation sur le front épidémiologique ne prête guère à l’optimisme. En une semaine, les hospitalisations ont été multipliées par 2,5 dans le canton de Berne, rappelle le conseiller exécutif et chef de la Santé Pierre Alain Schnegg. Bien qu’il soit lui aussi UDC, ce dernier ne cache pas que la Conférence des directeurs et directrices de la santé (CDS) s’engagera activement en faveur de la loi. «J’ai beaucoup de peine avec le double langage des antivax. Je peux comprendre qu’on combatte la loi covid, mais à condition d’être vacciné. A un moment donné, il faut assumer sa responsabilité individuelle, souligne-t-il. On ne peut pas bloquer le fonctionnement d’une société parce qu’une minorité de la population ne veut pas se faire vacciner.»