Le président de l’UDC, Albert Rösti, quittera son poste au printemps, après quatre ans. Une décision motivée par le recul de son parti lors des dernières élections fédérales, a-t-il expliqué dans le SonntagsBlick dimanche. L’UDC a perdu douze sièges à Berne, passant de 29,4% à 25,6%. «Il s’agit maintenant de former un président pour les élections de 2023», estime Albert Rösti. La personne qui lui succédera hérite d’un parti en panne, avec une stratégie à repenser, alors que s’annoncent des échéances cruciales pour l’UDC, avec son initiative contre la libre circulation, ou encore les négociations sur l’accord-cadre avec l’UE.

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La vice-présidente du parti, la conseillère nationale genevoise Céline Amaudruz, dit «comprendre» le choix du président: «Il a déjà passé quatre ans à ce poste.» La Genevoise se refuse à tout pronostic sur la future figure providentielle de l’UDC. «Les attentes sont grandes, souligne-t-elle. Dans le contexte actuel de remise en question, suite aux élections, nous avons besoin d’une nouvelle dynamique, une personne qui pourra nous reconnecter avec la victoire et qui sera pleinement opérationnelle dans quatre ans, lors des prochaines élections fédérales.»

La recherche s’annonce ardue. Le conseiller national zurichois Claudio Zanetti pense que les volontaires ne se presseront pas: «C’est un boulot énorme et il n’y a que des désavantages. Je ne vois pas qui pourrait le faire.» Si, pour l’instant, aucune figure ne s’impose, plusieurs noms de potentiels candidats ont commencé à circuler dans la presse alémanique.

Les successeurs pressentis

Il y a ceux qui siègent déjà au sein du comité du parti, comme Marcel Dettling, 38 ans, conseiller national schwytzois. Agriculteur de formation, il a l’avantage d’être proche de l’électorat rural du parti. Ou le Tessinois Marco Chiesa, 45 ans, élu au Conseil des Etats, parfait trilingue. Le Blick évoque aussi Sandra Sollberger, 46 ans, députée de Bâle-Campagne. L’intéressée, entrepreneuse à la tête d’une société de peinture en bâtiment, «laisse la porte ouverte».

A moins que le futur leader du parti ne sorte du cercle des proches de Christoph Blocher. Parmi eux, on cite Thomas Aeschi, qui a immédiatement écarté cette possibilité: il ne sera pas candidat. Autre figure en vue: le banquier Thomas Matter, 53 ans, conseiller national zurichois et responsable des finances du parti. Les noms de la fille du patriarche, Magdalena Martullo, 50 ans, ou de Roger Köppel, 54 ans, circulent également. Mais la première a toujours fui les médias et se considère davantage comme une entrepreneuse qu’une politicienne. Au Tages-Anzeiger, elle affirme que ce n'est pas son heure. Quant au rédacteur en chef de la Weltwoche, son profil de hardliner polarise. «Il sait écrire et parler mais ne peut pas diriger un parti», estime un UDC.

Spirale négative

La personne qui reprendra les rênes devra vouloir «travailler en coulisses» et s’impliquer 24 heures sur 24 dans ce poste qui n’est pas rémunéré, a rappelé de son côté Albert Rösti. L’aspect financier a d’ailleurs compté dans le retrait du conseiller national bernois. A 52 ans, ce père de deux enfants compte se concentrer avant tout sur son travail de parlementaire. Il a l’intention de reprendre, dans deux ans, la présidence de la Commission des affaires sociales chargée de donner le cap sur les questions des retraites et de santé. 

Avec 128 252 voix, le Bernois a été le député le mieux élu de Suisse, lors des dernières élections fédérales en octobre. Fils de paysan, il a une formation d’ingénieur agronome et dirige un bureau de conseil. Sur le plan politique, il est sur le devant de la scène depuis la campagne pour l’initiative «Contre l’immigration de masse», acceptée par le peuple en 2014. En 2015, il dirige la campagne alémanique de l’UDC pour les élections fédérales. Le parti rafle alors 29,4% des suffrages, un succès historique qui lui laisse entrevoir de belles perspectives.

Mais depuis, Albert Rösti, élu a à la présidence de l’UDC en 2016, réélu en 2018, essuie défaite sur défaite. En février 2016, avec le rejet de l’initiative de mise en œuvre qui réclamait que l’on vote à nouveau sur le renvoi des étrangers criminels. En juin 2016, la loi sur l’asile, contre laquelle l’UDC avait lancé un référendum, est acceptée. Nouveaux revers en 2017: sur la troisième réforme de la fiscalité des entreprises, sur la naturalisation facilitée de la troisième génération des étrangers, ou encore la stratégie énergétique. En 2018, la spirale négative se poursuit pour Albert Rösti, avec le rejet de l’initiative UDC sur les juges étrangers et le oui à la loi sur les armes.

Dans son autocritique, le président admet qu’il n’est pas la bonne personne pour intervenir dans les cantons où il identifie «de gros déficits» en matière de mobilisation: «L’UDC doit fournir un gros travail dans les cantons. J’ai constaté, au cours des dernières années, que les structures du parti ne fonctionnent pas toujours. Il y a de gros déficits en matière d’affichage, de propagande par bouche-à-oreille et de présence aux assemblées […] Certaines frictions doivent disparaître et la mobilisation de notre électorat s’améliorer».

«Je suis meilleur pour façonner que pour restructurer», dit-il encore dans le SonntagsBlick. Le conseiller national assure avoir eu pourtant le soutien de son parti, en particulier de Christoph Blocher, et reste convaincu que son style, plus modéré, moins agressif que celui de la figure tutélaire, n’a pas posé de problème: «Il n’y a rien de mal à être gentil. Surtout si nous voulons attirer plus de jeunes à l’avenir. Dans les cantons, cependant, une main plus dure est probablement nécessaire.» L’assemblée ordinaire des délégués du 28 mars devra désigner son successeur.