L’ambiance promet d’être électrique ce samedi, à la caserne de Chamblon (VD), lors de l’assemblée des délégués UDC. Que savait exactement la direction du parti, à commencer par Christoph Blocher, des faits aujourd’hui reprochés à Bruno Zuppiger? A en croire le chef du groupe, Caspar Baader, et le président, Toni Brunner, venus s’expliquer devant les médias, la direction ne savait pas tout. Elle aurait été purement et simplement trompée par son candidat au Conseil fédéral.

Caspar Baader, dit-il, aurait été informé le 30 novembre, «par un tiers», des reproches de détournement d’héritage à l’encontre de Bruno Zuppiger. Il aurait mis Christoph Blocher et Toni Brunner au parfum. Ils auraient ensuite, le 1er décembre, auditionné le président de l’USAM, qui leur aurait assuré que l’affaire était réglée. Caspar Baader aurait, en outre, pris des renseignements auprès de l’avocate de Bruno Zuppiger.

Tombé des nues

Convaincue de la bonne foi du citoyen de Hinwil, la direction n’a alors pas «vu de raisons de stopper le processus de nomination», explique Caspar Baader. Qui assure que le trio est ensuite tombé des nues à la lecture de l’article de la Weltwoche. Dans sa dernière livraison de jeudi, l’hebdomadaire fait état de reproches bien plus graves à l’encontre de Bruno Zuppiger. En clair, la société de ce dernier aurait reçu en 2000 le mandat de gérer un héritage de 265 000 francs provenant d’une ancienne employée, en faveur de Pro Senectute et de la Ligue suisse contre le cancer. Plutôt que de distribuer correctement les montants, Bruno Zuppiger aurait conservé 150 000 francs pour des frais non justifiés. Il aurait signé un ordre de virement de 100 800 francs en faveur de son compte. Les accusations ne sont d’ailleurs pas anodines, puisque le Ministère public zurichois étudie la possibilité d’ouvrir une enquête pénale.

«Nous avons commis une erreur de jugement», admet Caspar Baader. Toni Brunner ajoute: «Christoph Blocher et moi-même aurions écarté la candidature de Bruno Zuppiger si nous avions eu connaissance des détails.» Officiellement, Bruno Zuppiger, qui a certainement passé un mauvais quart d’heure hier, s’est «retiré» de la course. Il précise au passage que les informations transmises à la Weltwoche ne peuvent provenir que des avocats concernés par l’affaire.

De nombreux élus choqués

Mais l’affaire est loin d’en rester là. Une question, parmi d’autres, occupe les élus UDC. Pourquoi la direction du parti n’a-t-elle pas informé le groupe parlementaire des reproches visant Bruno Zuppiger? Le fait que c’est précisément la Weltwoche, publication proche de l’UDC, qui a révélé le pot aux roses, provoque des remous dans le parti. De nombreux UDC, déstabilisés, n’ont plus confiance. Habitués à marcher au pas, ils se sentent floués, depuis qu’ils ont appris que la direction du parti avait été informée de l’affaire Zuppiger «avant la nomination» de ce dernier. Le fait que cette affaire touche à une question d’héritage choque de nombreux élus. Qui font valoir, à l’instar du président de l’UDC zurichoise Alfred Heer, qu’ils n’auraient pas soutenu le candidat de Hinwil…

Désormais, le parti connaît une véritable crise. «Il y a quatre ans, note un élu, personne ne disputait le droit de l’UDC à avoir un deuxième siège. La question controversée, c’était Blocher. Aujourd’hui, on nous conteste même le deuxième siège. Voilà où l’on navigue, depuis quelques années, avec notre stratégie qui prétend imposer des conseillers fédéraux de la ligne dure de l’UDC…»

Depuis l’éviction de Christoph Blocher du gouvernement en 2007, poursuit un autre observateur, tout est entrepris pour assouvir la soif de vengeance du Zurichois: interdiction faite aux membres de se porter candidat au Conseil fédéral sans autorisation, ultimatum puis exclusion de l’UDC grisonne… Or les résultats ne viennent pas. Aux dernières élections fédérales, l’UDC a perdu 2,3% des voix. Et le parti n’a pas réussi à placer ses «stars» au Conseil des Etats.