La progression annoncée de l’UDC se confirme avec les premiers résultats des élections fédérales. Selon un décompte de l’Agence télégraphique suisse établi à 17h45, le parti de Christoph Blocher gagnerait onze sièges au Conseil national.

L’impression de virage à droite est accentuée par la progression du Parti libéral-radical (PLR), qui gagne quatre sièges. A l’inverse, la gauche et le centre reculent: le PS perd trois sièges, les Verts cinq, les Vert'libéraux six, le PDC deux.

Si la tendance se vérifie ce soir, l’UDC pourrait battre son score historique de 2007 (28,9%) et dépasser les 30% des voix au niveau national. Avec 64 sièges au Conseil national, elle dépasserait son contingent de 2007 (62 élus). Une secousse qui remettrait en cause les équilibres au parlement et au Conseil fédéral. Dissidente exclue de l’UDC, la ministre des Finances Eveline Widmer-Schlumpf verrait son siège au gouvernement gravement menacé.

Un premier tableau de résultats compilé par la télévision alémanique montre la progression impressionnante de l’UDC:

En termes de voix, cela donnerait une progression de 2 à 2,5% pour l’UDC, de 1 à 1,5% pour le PLR, et un net tassement du centre et des écologistes:

Spécialiste de la droite nationale, le politologue Oscar Mazzoleni voit dans la progression de l’UDC le résultat d’une stratégie médiatique réussie. «L’UDC a d’une part bénéficié du climat d’inquiétude créé par la vague migratoire sur l’Europe, même si la Suisse ne connaît finalement pas le chaos que la droite annonçait. Mais comme lors de la catastrophe de Fukushima qui a joué en faveur des Verts [en 2011], le climat international a profité à l’UDC.»

Par contre, ajoute le politologue, «ce qui est entièrement nouveau, c’est le renversement stratégique. Il y a quatre ans, ce parti avait mené une campagne très offensive, tout en visant une augmentation de ses sièges au Conseil des Etats. Ce climat agressif n’avait pas convaincu l’électorat modéré. Cette fois, l’UDC a réussi à se libérer de la vision médiatique qui lui collait à la peau, à se débarrasser de son image de grand méchant loup. Notamment auprès des jeunes, avec des clips jouant sur l’autodérision. Ce parti a en quelque sorte dépolitisé une partie de sa communication, tout en mobilisant sa base par deux initiatives et un référendum en quelques mois, contre la burqa, contre la réforme de l’asile, pour la primauté du droit national.»

Fin septembre, une étude menée auprès de 42 000 recrues montrait que 33% des jeunes Suisses se sentent proches de l’UDC, contre seulement 11% pour le deuxième parti cité, le PS. «Cela ne veut pas dire que ces gens se situent très à droite», explique l’un des auteurs de l’étude, Jacques Amos. «Mais ce qui me semble nouveau, c’est qu’une partie importante de la jeunesse se sent plus proche des valeurs de défense de la nation que des valeurs idéalistes de la gauche.»

A Zurich, selon les premières projections, l’UDC gagnerait un siège, comme le PLR. Le PS progresserait en gagnant deux sièges. Les Verts, Vert’libéraux et bourgeois-démocrates en perdraient chacun un. L’UDC atteindrait 32%, une progression de 2,2%, alors que le PLR gagnerait 4,4%.

En Argovie, canton-test par excellence, le parti de Christoph Blocher atteindrait le score de 38,6% (contre 34,8% en 2011) et gagnerait un siège, de même que le PLR, alors que le PS en perdrait un. Dans le canton de Berne, l’UDC gagnerait un siège alors que Verts et Vert’libéraux en perdraient chacun un.

L’UDC progresserait aussi dans les Grisons, au détriment du PBD. Le parti d’Eveline Widmer-Schlumpf ne perdrait pas de siège, mais reculerait de 6 points par rapport à 2011, à 14,4% des voix. La fille de Christoph Blocher, Magdalena Martullo-Blocher, est élue au Conseil national, un réel exploit dans un contexte politique local très compétitif.

Ailleurs en Suisse alémanique, la même tendance est à l’œuvre partout, sauf dans les cantons urbains. L’UDC gagnerait un siège à Lucerne et à Saint-Gall. Elle progresserait à Soleure de 5,4%, pour atteindre 29,7% des voix. Elle prend un siège au PS dans le canton de Schwyz, éjectant le chef de son groupe parlementaire Andy Tschümperlin.

En Suisse romande, la tendance est moins marquée, mais l’UDC gagnerait un siège au détriment du PS à Fribourg, et un autre en Valais. Le parti atteint 23,5% des voix dans le canton de Vaud, avant le dépouillement des principales villes.

Seul soulagement à ce stade pour le centre, très malmené, et les soutiens d’Eveline Widmer-Schlumpf: Martin Landolt, le président de son parti, le PBD, a été réélu au Conseil national dans le canton de Glaris. «Ce sera une voix de plus» pour la réélection de la conseillère fédérale, s’est-il réjoui sur Blick.ch.

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